Une technologie inédite s’intéresse à l’analyse des oeuvres d’art anciennes

Par 07 mai 2014
technologies/arts

Un projet soutenu par l'Union européenne développe un scanner qui pourrait révolutionner l'analyse d’œuvres anciennes en dévoilant leurs secrets.

L'analyse et la compréhension des œuvres d'art passe par la phase de restauration.  Outre des connaissances (et de la patience!), la restauration nécessite l'utilisation de technologies avancées. C’est ce que propose le projet INSIDDE lancé en Janvier 2013 et né de l'initiative ICT for Learning and Access to Cultural Ressources (Les TIC pour l'apprentissage et l'accès aux ressources culturelles). Pour corriger les ravages du temps, les experts utilisent de plus en plus de lasers et de bactéries productrices de calcaire plutôt que des solvants utilisés habituellement. Les technologies non-invasives se développent et de nombreux musées préparent leurs projets en collaboration avec des centres de recherche, universités et entreprises. Ainsi, ce projet qui se base sur un scanner térahertz s'inscrit dans cette tendance et se fédère autour d'un consortium d'universités européennes*. Ainsi, cette nouvelle technologie non-invasive offre une analyse précise des œuvres d'arts à l'aide d'un scanner THZ fonctionnant au graphène. La technologie pourrait donc permettre de distinguer chaque couche et ainsi avoir “une idée des esquisses initiales, de la façon dont elles ont été travaillées par l'artiste ou de l'ordre selon lequel la peinture ou les coups de brosse ont été appliqués” détaille Javier Gutiérrez Meana, coordinateur du projet.

Une technologie de pointe

Une fois que les secrets enfouis seront révélés par le scanner, il sera alors possible d'observer tous les détails de l’œuvre et ainsi de déterminer l'auteur, les matériaux, les pigments employés, la période, etc. Cette prouesse est possible via le scanner qui exploite le spectre électromagnétique entre les micro-ondes et les rayons infrarouge et permettra l'acquisition d'images. Il sera également complété d'un scanner traditionnel afin de caractériser les couches supérieures des œuvres. Les données brutes pourront ensuite être extraites et analysées. "Les technologies térahertz peuvent apporter un complément d'informations à celles offertes par les rayons X ou à la réflectographie infrarouge car, en termes généraux, leur profondeur de pénétration est plus faible que les premiers mais plus élevée que la seconde” explique Javier Gutiérrez Meana. La première année, l'équipe s'est focalisée sur le développement du scanner, à l'avenir le coordinateur annonce que "le consortium va plutôt se concentrer sur la réalisation de plusieurs expériences". Ainsi, le premier prototype devrait être validé avec des oeuvres d'art réelles en 2015.

Voir d’un nouvel oeil les oeuvres dans les musées

La volonté du projet INSIDDE n'est pas de limiter son application aux conservateurs, restaurateurs et autres experts de l'art. Tout au contraire, Javier Gutiérrez Meana annonce que “le grand public pourra profiter de cette technologie”. Ainsi, les modèles numériques (2D et 3D) pourront être téléchargés sur le réseau européen Europeana (http://europeana.eu/) offrant à tout le monde l'accès en ligne à ces modèles. Mais surtout, le projet développe en parallèle une application pour smartphones et tablettes. “Grâce à la réalité augmentée, celle-ci pourra -dans tous les musées participants- afficher les différentes couches de la peinture, un schéma des coups de brosses superposées, des métadonnées ainsi que d'autres représentations intéressantes en pointant simplement l'appareil sur l’œuvre d'art” décrit le coordinateur du projet. De plus, l'équipe a prévu de concevoir une interface et des fonctionnalités en utilisant des images à rayons X d'une œuvre de Goya exposé au Museo de Bellas Artes de Asturias. Cette application pourrait générer un trafic plus important dans les musées mais surtout atteindre une nouvelle cible de visiteurs attirés par le mariage entre Technologie et Art. Enfin, bien que le projet ne se concentre que sur deux points pour l'instant: Europeana et l'application de réalité augmentée, les technologies développées dans ce cadre là pourraient être transposée à d'autres secteurs comme les jeux ou les animations. Javier Gutiérrez Meana va plus loin en envisageant l'utilisation de cette technologie: “elle peut être adaptée à d'autres scénarios, notamment la sécurité (les scanneurs corporels), l'alimentation (les tests non destructifs), et la santé (les brûlures et le cancer de la peau)”.

* Le consortium réunit l'université de technologie de Delft (Pays-Bas), 3D Dynamics (Belgique), l'Istituto Nazionale di Ottica (Italie), le Regionalen Istoricheski Muzei Stara Zagora (Bulgarie) et le Centro Regional de Bellas Artes de Asturias (Espagne).

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