Pour vaincre le cancer, Jurgi Camblong allie intelligence artificielle et collective

Par 12 octobre 2016
Jurgi Camblong

L’innovateur du mois est en train de bousculer l’univers de la médecine, avec sa société Sophia Genetics. Le credo de Jurgi Camblong ? à partir du séquençage de l’ADN, et les données qui en émanent, formuler un diagnostic le plus précis possible, et à terme, un traitement efficient.

L’accent est chantant, l’homme d’une allure sportive et avenante. Jurgi Camblong, co-fondateur et PDG de Sophia Genetics est loin du cliché du professeur Tournesol, un peu lunaire et fantasque, qu’on associerait volontiers aux spécialistes de son genre.

Créer une « intelligence artificielle (qui) va encore plus humaniser la médecine », tel est l'ambition de Jurgi Camblong. Une aspiration qui n’est pas sans rappeler ce pour quoi milite Guy Vallancien, académicien et auteur de « La médecine sans médecin » et dont Jurgi est fervent : « remplacé par la machine, le médecin de demain aura le rôle d’un conseiller. » Et avec la société qu’il a co-fondée, spécialisée dans la médecine de précision, Sophia Genetics, il n’en a jamais été aussi proche.

A son accent, on comprend qu’il a grandi au Pays basque. A Pau, il étudie la biochimie, avant de s’intéresser à la biologie à Bordeaux. Mais c’est le hasard – il n’obtient alors pas de bourse pour sa thèse, qui le mène à Genève, où il étudie ce qui le préoccupe aujourd’hui : la biologie moléculaire. Déjà, thésard, le virus de l’entrepreneuriat le titille. « Dès ma thèse, j’ai eu l'envie de créer une start-up. Je voulais avoir un impact immédiat sur la santé des gens. » Il poursuit encore deux ans à Oxford son activité de chercheur avant de s’installer en Suisse – patrie de sa compagne. C’est là qu’il fonde sa première boîte, Gene Predictis. Mais très vite, il a l’intuition que demain, c’est l’analyse des données au service du diagnostic du patient et du traitement adéquat qui primera. Les docteurs Pierre Hutter, pointure de la génomique moléculaire et Lars Steinmetz, directeur du Genome Center de Stanford le suivent et fondent dans la foulée Sophia Genetics.

 

 

Le principe est simple : en 2003, la recherche génomique a connu une vraie révolution. Pour 3 milliards de dollars, un effort international et une longue étude, le premier génome humain est « décodé ». 13 ans plus tard, la même prouesse peut être réalisée pour 1000 dollars et en une journée. Et cette technologie a rapidement intéressé les hôpitaux.

On se surprend à rêver. Demain, chaque être humain pourrait avoir une carte de son génôme, et connaître ses intolérances alimentaires, ses réactions possibles aux traitements, aux maladies, aussi. Mais avant d’y arriver, encore faudrait-il analyser ces données. Et c’est bien le projet de Sophia Genetics.

Sophia, l’intelligence artificielle consiste en un « système qui apprend en permanence de milliers de profils génomiques de patients pour améliorer les diagnostics et les traitements des patients. » Et constitue aujourd’hui la première communauté génomique clinique. Grâce à SOPHia, 180 hôpitaux établissent les diagnostics de plus de deux cents patients par jour, dans 30 pays pour une trentaine de maladies différentes.  Elle est aujourd’hui considérée comme numéro 1 en matière de médecine de précision.

L’approche est celle d’une innovation ouverte et collective. « Plus nous séquençons les tumeurs, plus nous sommes en mesure de comprendre les altérations et mutations, plus nous sommes à même de comprendre l'origine des maladies. Il faut réussir à créer une intelligence collective. Une épidémiologie qui permettrait de prédire que tel cancer d'un patient ressemble à celui de 10 000 autres patients, parmi lesquels 10% ont reçu une ligne de traitement A et ont survécu. » A terme, les oncologues cibleront mieux leurs traitements, en fonction d’autres soins qui auront déjà fait la preuve de leur efficacité.

A la question du rôle du médecin à l’avenir face à une intelligence artificielle toujours plus performante, Jurgi Camblong reste optimiste. « Grâce à l'intelligence artificielle, la partie plus technologique va être digérée. Libérés du souci de se préoccuper de la technologie, les médecins auront beaucoup plus de temps pour s'occuper des patients, et se concentreront sur leur expertise, leur intuition pour créer en fait un lien avec le patient. Ce qu'une intelligence artificielle ne saurait faire. L'intelligence artificielle va encore plus humaniser la médecine ! »

Jurgi Camblong participera au Hello Tomorrow Summit. Pour suivre le live 

 

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