La validation de contenu sur les sites collaboratifs reste subjective

Par 22 avril 2010

Selon les universités de Stanford et de Cornell, des effets de mode et de connivence influencent les délibérations des administrateurs qui s'accordent sur les articles de Wikipédia.

Les délibérations des administrateurs sur les plates-formes collaboratives de gestion de contenu - comme Wikipédia par exemple - sont influencées par les circonstances dans lesquelles elles s'effectuent, expliquent une équipe des universités de Stanford et de Cornell. En étudiant de près les votes et les discussions sauvegardés dans les archives de Wikipédia, les chercheurs ont ainsi établi une corrélation entre le choix d'un administrateur concernant la publication d'un article et la perception qu'il a de son auteur. De même, son vote est intrinsèquement lié au moment où il arrête sa décision, qui peut être influencée par celui de tous les autres administrateurs. Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont étudié la propension des individus à voter rapidement pour les contenus proposés par un même contributeur, et ce de manière répétée. Ils se sont aussi penchés sur les probabilités pour qu'un administrateur déterminé valide à un moment donné l'article d'un contributeur.
Les délibérations sont effectuées dans un contexte précis
Ainsi, lorsqu'un consensus s'est déjà formé avant qu'il n'ait à intervenir, les chances sont grandes pour qu'il s'accorde avec le mouvement général. "La question de l'objectivité émerge irrémédiablement", confirme à L'Atelier Patrice Albertus, consultant spécialisé dans les réseaux sociaux et le SMO. "Il peut en effet y avoir des effets de modes, ou des effets de connivences". Et d'ajouter : "mais si la gouvernance n'est pas toujours parfaitement équilibrée, elle joue néanmoins un rôle essentiel dans ce type de plates-formes collaboratives". Constat confirmé par l'étude, pour qui le principe même de gouvernance s'impose sur ces réseaux. En effet, sur les sites qui en sont dépourvus, certains thèmes récurrents sont systématiquement mis en avant, au détriment des autres. Par ailleurs, l'accumulation de contributions peut créer un effet de saturation, ou simplement de pollution.
Garder le caractère de niche pour conserver la qualité des contenus
"Les plates-formes collaboratives les plus ouvertes, c'est-à-dire les plus universelles, ne fournissent pas des ressources de grande qualité", poursuit le spécialiste. En gardant son caractère de niche, la plate-forme qui s'appuie sur un modèle de gouvernance conserve une certaine forme d'expertise dans les contenus qu'elle fait émerger. L'une des solutions pour les grands médias sociaux serait donc, selon lui, de créer des compartiments propres à différents champs d'activité. "En encadrant de manière précise chaque administrateur dans le domaine d'expertise qui est le sien, on pourrait éviter les effets négatifs des systèmes d'évaluation", conclut-il. A noter, les archives récoltées pour l'étude rassemblent plus de 2500 délibérations, sur une période s'écoulant de septembre 2004 à janvier 2008.

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