Visite chez LindenLab, éditeur de SecondLife

Par 01 juin 2007

Avec 6 millions d’utilisateurs, ce monde virtuel héberge déjà 8 fois plus d'habitants que Manhattan. Une visite s’imposait donc chez LindenLab, le créateur de la plateforme, basé à San Francisco...

Avec 6 millions d’utilisateurs, ce monde virtuel héberge déjà 8 fois plus d'habitants que Manhattan. Une visite s’imposait donc chez LindenLab, le créateur de la plateforme, basé à San Francisco.
 
Second Life est aujourd’hui le plus connu des mondes virtuels dans le monde occidental. Il est aussi celui dont la population augmente le plus rapidement. La société qui l'a créé est installée dans un bel immeuble en brique de la ville, proche de la baie. LindenLab a tout de la start-up telle qu’on se l’imagine. Des couleurs vives aux murs, de grands ballons de gymnastique en guise de fauteuils, des affiches relatant l’épopée de la société dans la presse, des jeunes en tenue décontractée... Silence et concentration règnent dans l’immense open-space blanc dédié aux 60 salariés de la société, dont 35 développeurs. Tous rivés à leurs multiples écrans d’ordinateur, casque sur les oreilles.
 
L'internet de demain se décide ici
 
Ici, l’ambition est clairement affichée: on invente l’Internet de demain. John Zdanowski, directeur financier de LindenLab, affiche clairement la grande ambition de la société. "Ici, nous retrouvons Internet d’il y a dix ans. Nous sommes devant une page blanche, et tout est à inventer". Et la vision est simple: les mondes virtuels sont en fait le nouveau navigateur en trois dimensions de l’Internet en construction.
 
Avec un atout de taille: un bouton "payer maintenant" intégré en permanence. En effet, dès que notre avatar s’approche d’un objet qui nous intéresse sur Second Life, il est possible de l’acheter et de l’ajouter à notre liste de biens d’un simple clic droit. Notre compte virtuel, alimenté en "LindenDollars" corrélés à des dollars bien réels, se trouve aussitôt débité de la somme correspondante. Une sorte de rêve pour les e-marchand de toutes sortes...
 
Avantage concurrentiel? L'open source!
 
Quant à l’avantage de LindenLab sur ses compétiteurs, là aussi la réponse est claire : en choisissant une plate-forme la plus ouverte possible, en grande partie Open Source aujourd’hui, LindenLab envisage d’établir un standard de fait. La stratégie est classique, et elle a plutôt fait ses preuves jusqu’à présent, surtout pour les premiers entrants. En donnant aux "résidents" (nom des habitants virtuels de Second Life) l’entière propriété intellectuelle des biens virtuels qu’ils créent, l’éditeur tente de construire une économie profitable à tout l'écosystème.
 
Pour Chris Mahoney, le directeur du développement de LindenLab, les intérêts sont de taille pour les utilisateurs. Second Life fonctionne car ce n’est pas seulement une énième plateforme de jeu, d’échanges et de participation communautaire. On peut tout créer dans Second Life, et la seule limite aujourd’hui est l’imagination et le talent des participants. C’est ce fameux user generated content, soit le "contenu généré par les utilisateurs", dont sont friands les investisseurs de la Silicon Valley, et qui attire tant d’Internautes: de MySpace, à YouTube en passant par FlickR. Et, cerise sur le gâteau virtuel, on peut aussi échanger ce qu’on crée, dans un modèle économique complexe, qui ressemble de plus en plus à celui du monde réel.
 
Un temps de visite plus long
 
Les résultats sont là : on reste en moyenne 11 minutes dans un endroit virtuel, contre une à deux minutes sur une page Web. L’adhérence, chère aux spécialistes du marketing en ligne, est au rendez-vous, et les « SecondLiferrs » semblent en redemander.
 
À terme, la stratégie de second Life est de rester indépendant et de s’introduire en bourse. Le directeur financier a été recruté pour cela et a déjà une certaine expérience des IPO. Cela pourrait être un de ces évènements dont les investisseurs sont avides. La société est profitable, comptera 120 salariés d’ici la fin de l’année, et aura ouvert des bureaux en Europe. La rumeur d’un rachat par un Google ou un Microsoft, qui coure dans la Silicon valley depuis plusieurs mois, est fermement démentie. Pas celle qui indique que Google s’apprêterait à sortir un compétiteur à Second Life. Les couteaux s’aiguisent.
 
Dominique Piotet, à San Francisco pour L’Atelier

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