"Le web des données contribuera à la numérisation des processus"

Par 15 juin 2010
Mots-clés : Smart city, Europe

L'émergence du web sémantique et de l'Internet des objets va rendre le monde réel et le monde numérique de plus en plus interconnectés. Un phénomène qui pourrait donner jour à de nouveaux modèles d'affaires.

David De Roure est professeur de sciences informatiques à l'université de Southampton. Il contribue également au Web Science Trust qui cherche à fédérer scientifiques, entrepreneurs et décideurs politiques autour du futur d'Internet.

L'Atelier : Comment voyez-vous le web évoluer ?
David De Roure : Au départ, on a lié des documents entre eux, puis des personnes avec le web 2.0. On se tourne à présent vers l'Internet des données - ce que l'on appelle le Web sémantique - et l'Internet des objets. Dans tous les cas il y a cette notion de "Web", de Toile, on lie les choses ensemble. Pour beaucoup de monde, le Web, c'est ce que l'on voit à travers un navigateur ; mais à l'avenir, de plus en plus d'objets du quotidien seront connectés : les mondes numérique et réel seront de plus en plus liés. L'émergence du Web sémantique participe à cette tendance, puisque bien souvent les données numériques décrivent des choses présentes dans le monde physique.
Quels seront les conséquences de ce phénomène pour les entreprises ?
Cette interconnexion croissante entre le monde numérique et le monde réel signifie qu'il nous faut penser au-delà du navigateur web. Il sera aussi intéressant de voir l'évolution du Web des données et les nouveaux modèles d'affaires qui lui seront associés. Pour le moment, la réflexion porte surtout sur la production de données dans de nouveaux formats mais pas encore assez sur leur consommation. Les entreprises vont pourtant pouvoir les utiliser de deux manières : soit en proposant des services ou des produits, soit en les intégrant à leur processus opérationnel. L'industrie musicale est un bon exemple de cette tendance puisque la chaîne de production dans son ensemble est désormais numérisée. Les autres secteurs peuvent apprendre beaucoup en observant ce qui s'est produit pour les professionnels de la musique. Elles disposeront également de plus d'informations sur la manière dont leurs consommateurs utilisent les différents objets, ce qui peut être crucial pour le succès d'une entreprise.
N'y a-t-il pas une part de risque également ?
Bien sûr, il faudra se méfier d'une réutilisation "non anticipée" de ces données, et il est nécessaire de développer un certain degré de conscience et de sens des responsabilités. La question de la confidentialité des données est essentielle. Je dirige moi-même un site à destination des scientifiques, et le contrôle sur le partage des données est très strict. C'est un bon exemple que la technologie peut d'une part être utilisée pour assurer le respect de la confidentialité et que le Web fonctionne bien aussi quand tout n'est pas ouvert. L'ouverture n'est pas obligatoire, même si elle contribue à la formation de la Toile.

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