[WORLD TOUR] Houssam Nasrawin: "Dubaï veut devenir le numéro un mondial de la high tech d’ici 2021."

Par 27 mai 2014
Dubaï

Dubaï accélère sa mutation numérique et construit son écosystème innovant. Mais la compétition entre les startups est forte.

Entretien dans le cadre de l’émission L'Atelier numérique sur BFM Business avec Houssam Nasrawin, à la tête du club d’affaires Arab Business leader et fondateurs de Mideast Capital, une société de conseil.

L’Atelier : Houssam, vous êtes Franco-jordanien. Votre double nationalité vous a tourné vers les pays du Golfe et Dubaï en particulier et donné envie d’accompagner les sociétés notamment françaises à s’implanter à Dubaï. Et justement, Dubaï est-elle le paradis pour les nouvelles technologies ?

Houssam Nasrawin: Contrairement à ce qu’on peut penser, Dubaï a pendant longtemps été en retard au niveau des startups et des nouvelles technologies. Ce n'est que récemment que le gouvernement a pris conscience de l’intérêt des nouvelles technologies, des startups et a lancé différentes initiatives pour encourager l’entrepreneuriat. Par exemple l’Émir de Dubaï a l’ambition de propulser Dubaï comme l’un des leaders mondiaux dans le domaine des nouvelles technologies d’ici 2021. Ils essaient d’aller très vite avec des deadlines vraiment très courtes et de devenir les meilleurs dans ce qu’ils entreprennent. Je ne doute pas de leur réussite dans les prochaines années.

Des initiatives comme Media City ou Internet City veulent essayer de reproduire la Silicon Valley, mais est-ce aussi efficace?

Smart city est une autre initiative lancée dans le cadre du projet de rendre Dubaï –je cite leur mot – le numéro 1 mondial dans la nouvelle technologie. C'est une ville qui va allier non seulement les infrastructures mais également un système éducatif très performant parce qu’ils sont en train de cibler les universités pour leur apprendre l’entrepreneuriat, qu'est-ce que la nouvelle technologie, etc.

Il y a aussi Knowledge City, Oasis City qui sont des zones franches. Ce qu’on appelle des "Free zone", c'est-à-dire qu’on y offre des conditions fiscales très avantageuses. Vous pouvez être 100% détenteur du Capital. On vous offre toute l’infrastructure ultramoderne pour pouvoir réussir votre installation et réussir dans tout ce qui est nouvelles technologies.

Vers qui un entrepreneur qui voudrait monter sa start-up ou monter une entreprise peut-il se tourner pour financer son projet? Le gouvernement, des fonds privés... ?

Pendant longtemps, Dubaï a également été très en retard au niveau du financement des entreprises naissantes, ce qu’on appelle le Venture capital. Mais aujourd’hui, on voit de plus en plus de fonds d’investissement qui se spécialisent pour aider les jeunes entrepreneurs.

Il faut aussi souligner l’initiative de l’État à travers le fonds Khalifa ben Zayed qui est l’Émir d’Abu-Dhabi et Président des Émirats Arabes Unis. Celui-ci a lancé un fonds en partenariat avec des entreprises américaines telles que Microsoft pour aider les jeunes entrepreneurs en les finançant mais aussi en leur fournissant une formation sur l’entrepreuneuriat et les nouvelles technologies.

Les différences culturelles avec la France sont évidemment importantes ; y compris dans le business. Que doit savoir une entreprise française qui veut s’implanter à Dubaï dans le domaine de l’innovation ?

Les différences ne sont pas si énormes. C'est plus dans le relationnel qu’elles se situent. Comme j’aime le dire souvent, quand vous faites du business à Dubaï, vous parlez de tout sauf de business. Pourquoi ? Parce qu’on va investir non pas sur votre produit mais sur vous. Il faut qu’on vous apprécie. Il faut qu’on ait confiance en vous. Et cela peut prendre du temps. Ce que je remarque souvent avec les Français qui s’implantent là-bas cet que je conseille, c'est qu’ils n’ont pas intégré ceci. Il faut savoir prendre son temps, comprendre la personne en face. Une relation humaine avant tout. Donc moi ce que je peux conseiller aux Français qui s’installent là-bas c'est premièrement d’être patient. Sans compter qu’il règne une compétition énorme. Vous arrivez avec un projet. Vous dites : "Ah je vais cartonner. C'est génial. Mon idée est géniale." Dites-vous bien qu’il y en a 10 000 derrière qui ont eu la même idée que vous. Donc si vous voulez réussir, il faut vraiment arriver à faire quelque chose d’innovant par rapport à eux et vous démarquer.

Dubaï donne l’image d’une grosse machine qui met tout en place pour attirer les entrepreneurs et stimuler la compétition entre eux. Or, quand on est un jeune entrepreneur n’est-on pas plus attiré par d’autres villes moins tournées vers la performance mais qui offre des opportunités à tous ?

Pour aller à Dubaï, c'est la jungle. Personne ne vous aidera. Vous n’aurez aucun soutien. Vous êtes dans un environnement culturel économique complètement différent. Donc oui, si vous y allez c'est vraiment parce que vous avez un plan. N’y allez pas en vous disant : "Je vais faire quelque chose. Une fois sur place je verrai." Non, vous n’y arriverez pas. Vous y allez avec un plan, avec une stratégie, avec de la détermination. Sinon, n’y allez pas.

 

 

 

 

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