Y a-t-il un équivalent technologique des lois de l'évolution ?

Par 02 septembre 2008 2 commentaires

Pour mettre à l'épreuve l'idée selon laquelle le développement de la culture serait comparable à celui des organismes naturels, des chercheurs ont dressé un arbre généalogique des brevets déposés depuis 1976.

La culture évolue-t-elle conformément à des lois du même ordre que celles qui président au développement biologique ? Oui, mais en partie. La question a en tous cas été débattue depuis la parution du livre de Richard Dawkins, Le gène égoïste, dans lequel ce dernier défendait l'idée qu'il existe des "mèmes", c'est-à-dire des idées, des fragments d'idées ou de discours ayant une faculté d'évolution et de reproduction équivalente aux gènes. Si tel est le cas, on peut se demander s'il est possible de créer l'équivalent d'une généalogie ou d'un génome pour des "organismes" culturels. C'est ce qu'a fait une équipe menée par Mark Bedau, un chercheur en philosophie à Reed College à Portland dans l'Oregon. Ces derniers ont analysé près de trois millions de brevets déposés aux Etats-Unis entre 1976 et 2007. Trois cent mille mots clés en ont été extraits. Ce qui a permis d'établir une cartographie de la façon dont les idées et les innovations technologiques évoluaient au fil du temps.
Une cartographie des inventions technologiques
Mark Bedau dit s'être penché sur la question en prenant cette "forme de vie" particulière que sont les brevets car "la technologie est une fenêtre sur la culture et les brevets sont une fenêtre sur la technologie". Comme il l'a expliqué à la Artificial Life XI conference qui vient de s'achever à Winchester en Grande-Bretagne, les brevets sont un objet d'étude d'autant plus privilégié qu'ils offrent un ensemble de données suffisamment large et aisément accessible. Chaque invention brevetée possède un identifiant unique; elle doit être nouvelle et utile. Elle est à ce titre comparable à un organisme. La reproduction correspond à la citation dans un autre travail breveté. Dans la mesure où chaque invention doit citer les autres brevets dont elle s'inspire, il est facile de reconstituer la généalogie.  Chaque brevet liste également un nombre d'affirmations pour l'invention qu'il décrit - ce qui équivaut à une sorte de génome qui peut être réduit à des mots clés représentant des traits distincts.
Un buisson généalogique
Nos chercheurs en ont conclu que les brevets, tout comme les organismes, sont bel et bien classables en genres et en espèces partageant telles ou telles caractéristiques. Pour ne prendre qu'un exemple, "navigateur" et "Internet" sont en effet des mots clés communs à une même famille de brevets, tandis que "embout" et "nucléique" ne sont jamais apparus dans un même secteur d'invention. Parmi les caractéristiques générales des évolutions technologiques, le travail de Mark Bedau a toutefois permis de découvrir que les brevets sont interconnectés les uns aux autres de façon encore plus complexe et dense que ne le sont les organismes biologiques. Selon l'expression de Mark Bedau, l'arbre généalogique des brevets ressemblerait plus à un "buisson". Bref, le développement technologique serait comparable aux lois de l'évolution... mais pas tout à fait non plus. Le débat entre nature et culture n'est pas clos.

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2 Commentaires

Comment ça "Le débat entre nature et culture n'est pas clos" ? Au niveau de la science, bien sûr que si.

Dans des conditions A j'obtiens un résultat B

"Oui, mais en partie" ne signifie pas autre chose que "Dans des conditions A j'obtiens en partie un résultat B". Ce n'est donc *pas* un résultat B.

Il ne faut pas confondre "co-relation" avec "lien de cause à effet"...

Soumis par Alexis Kozan (non vérifié) - le 02 septembre 2008 à 10h08

Comment ça, "Au niveau de la science, bien sûr que si" ?
En science, aucun débat n'est jamais clos, sinon ce n'est plus de la science !
Pensez à Einstein qui a rouvert des débats qui donnaient l'impression d'être clos depuis longtemps...

Soumis par Fredziak (non vérifié) - le 03 septembre 2008 à 07h55

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