Yahoo!, eBay : ensemble contre Google. Microsoft, spectateur malgré lui.

Par 16 juin 2006

C'est finalement la prédiction de la banque d'affaires JP Morgan qui s'est réalisée: "un partenariat renforcé ou une fusion entre eBay et Yahoo!". Dénouant les rumeurs de rapprochement...

C'est finalement la prédiction de la banque d’affaires JP Morgan qui s’est réalisée : "un partenariat renforcé ou une fusion entre eBay et Yahoo!". Dénouant les rumeurs de rapprochement qui allaient bon train dans la Silicon Valley ces dernières semaines. On sait maintenant que les discussions avancées entre Microsoft et Yahoo! n’étaient que la face cachée de pourparlers encore plus avancés entre les deux géants de la Silicon Valley. Et c’est un mouvement stratégique logique pour les deux sociétés, annoncé par leurs dirigeants respectifs le 25 mai.
 
Première étape d’une plus vaste consolidation dans le secteur, comme l'anticipe JP Morgan, ou nouvel épisode de la bataille que se livrent les 4 géants de l’Internet américain : Yahoo!, eBay, Google et MSN-Microsoft?
 
Au delà de la réelle complémentarité des services proposés par eBay et Yahoo !, il semble surtout que cette alliance soit d’abord une vraie mauvaise nouvelle pour Google. eBay va apporter à Yahoo! son système de paiement en ligne PayPal, au moment même où Google lance son système concurrent. Skype, également dans la corbeille des deux pacsés, va permettre au système de messagerie instantanée de Yahoo! de faire un grand pas en avant dans le secteur de la voix sur IP. De son côté, eBay va pouvoir bénéficier du moteur de recherche de Yahoo!, et de son système publicitaire. C'est donc une très mauvaise nouvelle pour Google. Et les deux sociétés ont bien l’intention de développer ensemble des services intégrant le "click-to call", toujours grâce à Skype.
 
Ce système, qui permet de passer un appel en voix sur IP d’un simple click, par exemple lorsqu’une annonce retient votre attention et que vous souhaitez parler directement à l’annonceur, est considéré comme la nouvelle application décisive dans le modèle publicitaire. En un jour, Google n’a-t-il pas reculé de plusieurs étapes dans la course à l’innovation de services Internet actuellement en cours dans la Silicon Valley?
 
Autre élément rendu de plus en plus évident par cette alliance : la quote d’amour de Google semble en sérieuse récession ces derniers mois.
 
Il est bien possible finalement que le slogan de Google "don't be evil", "ne soyez pas mauvais", ne se retourne contre lui. Peut-on ouvertement se tenir à un tel slogan sur le long terme, alors qu’on collecte de plus en plus de données sur ses utilisateurs, qu’on exploite ces données (même si Google s’en défend en prétendant qu’il ne s’agit que de "robots"), et alors qu’on accepte de se plier à la censure dans certains pays comme la Chine?
 
La loi du business est sans aucun doute plus forte que l’angélique slogan, et l’effet boomerang sera de plus en plus difficile à gérer pour la communication de Google.
 
De son côté, Microsoft semble avoir bien des difficultés à devenir l’entreprise agile qu’elle voudrait être pour ses clients. Là encore, les slogans savent se retourner contre leurs auteurs. Empêtré dans son modèle très générateur de cash, Microsoft a décidément bien du mal a trouver sur Internet la première place qu'il occupe sur tous nos PC. Et a beau jeu de pourfendre Google : après avoir raté AOL, c’est la porte de Yahoo! et d’eBay qui vient de se fermer. L'hiver risque d’être un peu froid du côté de Redmond cette année.
 
Dominique Piotet
A San Francisco pour l’Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas - 16/06/2006)

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