Les clés du succès du web brésilien en trois exemples

Alexandrine Brami

Alexandrine Brami

Cofondatrice et CEO

Digital Factory Brazil

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11 octobre 2013 2 commentaires

Depuis 2009, l'écosystème startup est en plein boom au Brésil. Les sources divergent sur le nombre d'entreprises digitales (entre 6.000 et 10.000), mais la tendance est franchement à la hausse d'après l’ABStartups, l'association brésilienne des startups. Pour autant, sur 100 nouvelles pousses, 50% mourront avant de compléter deux ans d'activité. C’est la norme au Brésil, tous secteurs confondus.

 

De la première génération, née avant le boom, 3 startups ont survécu et connu une croissance explosive : Samba Tech, Fashion.Me, Boo-Box. Elle ont même réussi à s’exporter à l’international. Pourquoi ? Comment ? Voici quelques hypothèses sur les clés pour réussir au Brésil. Ces startups partagent trois ingrédients fondamentaux : excellente équipe, rapidité d’exécution, focus.

Au Brésil, réunir et fidéliser une excellente équipe relève de l’exploit. Surtout dans les PME qui ne peuvent offrir les mêmes bénéfices qu’un grand groupe, et surtout dans le secteur des NTIC en forte croissance. Principale raison : la pénurie de main d’oeuvre qualifiée. Ainsi, pour attirer les meilleurs talents, les startups jouent-elles à fond l’ouverture internationale, différentiel de poids sur un marché du travail encore très fermé. C’est le cas de Samba Techplusgrosse plateforme de production, gestion et distribution de vidéos online en Amérique Latine. Elle a été créée en 2007 par Gustavo Caetano, originaire de Belo Horizonte (la fameuse San Pedro Valley) qui préside actuellement l’ABStartups. Des dix plus grands groupes de médias nationaux, huit utilisent sa technologie. Avec plus de 200 clients et un milliard de vidéos distribuées chaque année, Samba Tech diversifie ses activités. Avec Samba Ads, née en 2012 d’un spin-off, elle investit le marché de la publicité vidéo en ligne, avec l’appui depuis mars de VCs internationaux (Initial Capital, Rhodium Capital) et du fonds d'amorçage de la Sillicon Valley 500startups. En mai, Gustavo Caetano a créé un holding, Samba Group, destiné à financer et incuber au Brésil des projets innovants dans la video, le cloud et le big data.

Passer de l'idée au produit fini, une difficulté majeure

Si les entrepreneurs brésiliens sont créatifs et ont de bonnes idées, un grand nombre de startups ferment sans jamais avoir réussi à sortir leur produit ! Le bât blesse quand il faut passer de l’idée au produit fini : difficultés bureaucratiques, obstacles logistiques, défaut d’organisation ou de discipline... Exceptions qui confirment la règle, nos trois startups ont fait preuve d’une rapidité d’exécution étroitement associée aux besoins spécifiques de leurs clients. En particulier, Fashion.me , premier réseau social de la mode au Brésil, qui n’a eu de cesse d’adapter son offre en suivant le principe, revendiqué par ses fondateurs, de l’innovation continue ou « lean startup ». Fondé par Renato Steinberg et Flávio Pripas en 2009, le site permet de créer des looks et d’essayer des vêtements et accessoires sur des mannequins virtuels. Lauréate dans la catégorie Meilleur Design des « Brazil Startups Awards » organisés en 2012, Fashion.me compte plus d’un million d’utilisateurs au Brésil et 50 000 aux Etats-Unis. 60% des utilisateurs sont des femmes et ont plus de 20 ans. Intel Capital a injecté des fonds dans la startup en décembre 2011 et un bureau a été inauguré en début d’année sur la 7ème avenue à New York. Le prochain défi des deux fondateurs est d’exporter leur modèle en Asie et en Europe.

Se focaliser sur son projet, un impératif

Au Brésil, le rapport au temps est différent, beaucoup plus court, de sorte qu’on est toujours dans l’urgence. C’est assez effrayant en terme de dispersion de l’énergie. Et comme les opportunités sont immenses, notamment dans l’internet, une fois leur business model validé par le marché, les entrepreneurs multiplient souvent idées, produits, niches, partenariats... et parfois activités périphérique. Le remède : focus, focus, focus. Cela ne suffit pas pour expliquer le succès des startups sélectionnées, mais reste un gage de pérennité et d’attractivité pour des investisseurs. Un cas exemplaire est Boo-Box , première entreprise brésilienne de technologie de publicité online. Fondée en 2007 par un tout jeune programmeur originaire de Brasilia, elle propose aux annonceurs, petites et grandes entreprises, des outils innovants de publicité sur internet. Parmi ses clients : Google, Fiat, Microsoft et Unilever. Sa force de frappe, outre la techno : un inventaire de 430 000 blogs et sites, 22 000 profils sur Twitter, et un réseau de 60 000 publishers affiliés qui produisent du contenu quotidiennement. Grâce à un bon ciblage et à des formats publicitaires originaux, les annonces véhiculées, un milliard par mois, atteignent 60 millions d’internautes au Brésil. Au capital, deux gros investisseurs : Monashees et Intel, rentrés en 2007 et 2010. Boo-Box a été élue par la revue américaine Fast Company comme l’une des cinq entreprises les plus innovantes au monde en 2012 et par Forbes comme l’une des 10 entreprises les plus créatives du Brésil, aux côtés de... Petrobras e Embraer. 

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2 Commentaires

Brami est charmante mais elle pèse quoi et B. qui?
Le Brésil, avec plus de 70% de ses réserves monétaires en bons du trésor américain à 10 et 30 ans, j'aimerais bien voir ce que fera le "web brésilien" pour l’économie du pays après le défaut de paiement US annoncé.
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Non, je crois qu'il est temps de penser logiquement et sainement et ne pas laisser le monde aux mains d'une élite bancaire aussi destructrice qu'incompétente, monopolisant les médias et essayant de faire croire à un monde irréaliste et pervers. Pensez au futur, à un retour aux valeurs d'une vie saine et désintéressée, tournée vers le bien commun. Sinon, c'est la cata, pour tous. A bon entendeur...

Soumis par raymond lepoquert (non vérifié) - le 16 octobre 2013 à 09h29

Bonjour Raymond,

Je n'ai pas bien compris votre commentaire. Je vous invite néanmoins d'ores et déjà à venir faire un petit tour sur place pour voir comment les Brésiliens et nous, étrangers installés depuis longtemps au Brésil, faisons pour nous adapter en permanence aux crises et surprises qui sont notre quotidien.

Vous verez que nous vivons très bien. Toujours en alerte, jamais sereins, nous sommes heureux de pouvoir contribuer, par notre travail et énergie, au développement du pays et au rayonnement de notre culture française outre-atlantique.

Ne soyez pas pessimiste. Comme on dit ici : tudo vai bem!

Amitiés transatlantiques :)

Alexandrine Brami

Soumis par Alexandrine Brami (non vérifié) - le 08 novembre 2013 à 21h13

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