Consultation sur la "neutralité du Net"

Philippe Gautier

Philippe Gautier

dirigeant de business2any et auteur du livre "L'Internet des objets... Internet mais en mieux" aux éditions afnor

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02 juin 2010 2 commentaires

Que signifie véritablement cette expression, par rapport à quel concept parle-t-on de neutralité ? Comment la mesure-t-on? Mais surtout, est-elle possible ? Tentons d'y voir plus clair.

Par Philippe Gautier, dirigeant de business2any 

Le Net est surtout un "moyen". Cela lui octroie notamment une "valeur économique" au sens strict du mot en cela qu'il peut être utile et rare. Un moyen, ou ressource, s’apprécie et s’utilise dans le cadre de finalités. Les contextes des finalités des acteurs autonomes d'Internet - les humains, les systèmes d’information et progressivement les objets - déterminent donc, ensembles, son caractère d’utilité. Or ces desseins sont nombreux et en évolution permanente : il existe donc une multitude d’utilités au Net, évolutives ou graduelles. En est-il une, "universelle", fondée sur une finalité commune à tous les acteurs ? Toute approche holistique est nécessairement incomplète : nous trouverons toujours des acteurs dont les intentions viendront nuancer ou contredire les précédentes. Pas plus que nous ne lui trouverons de finalité universelle, juger de ses utilités semble donc subjectif et "indécidable". Sur ce critère, le Net ne peut être ni impartial ni objectif.
|t|Une ressource utile est convoitée…|e|
Toute ressource utile disponible en abondance voit sa valeur économique diminuer. Pour maintenir sa valeur ajoutée, il faut définir de nouveaux modèles d’utilité pour stimuler la demande solvable : c'est une période de créativité intense, où de nouvelles finalités apparaissent (il y a là une partie de l’explication de l’explosion du Web 2.0, de l’émergence de l’Internet des objets ou du Web 3.0). Ces nouveaux desseins, parfois antagonistes, nous éloignent alors un peu plus de toute idée de neutralité. Si elle devient rare, sa valeur économique augmente : de nouvelles règles de partage et d’accès se posent donc par nécessité pour éviter les conflits. Intervient alors la question de sa gouvernance, qui se heurte aux intérêts et comportements en place : chaque communauté résiste et cherche à favoriser son écosystème... 
|t|Un faux débat ?|e|
Or, sur cette question, il est très difficile d'imposer un changement par le haut dans les valeurs comportementales. D’ailleurs, de quel changement s’agirait-il ? L’éthique "universelle" existe-t-elle ? Pour que ces changements soient neutres, il faudrait encore une fois définir des finalités communes à tous… Tâche vaine puisque tous les acteurs ne peuvent être simultanément en convergence de buts. Le Net n’est pas finalisé, c’est un ensemble chaotique, instable, imprévisible. Cette nature est incompatible avec toute notion de neutralité, des phénomènes nouveaux s’y développent par autocatalyse qui ne peuvent être jugés préalablement et qui s’observent "a posteriori" (systémique)… Nous ne pouvons au mieux qu’y définir des règles de pilotage et d’intervention en fonction de critères éthiques qui évolueront concomitamment.

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2 Commentaires

Quand on parle de « neutralité » cela veut également insinuer que certains fournisseurs d'accès opérants dans des pays libres pourraient mettre en place des mécanismes afin de privilégier un flux d'information (au sens large du terme) plutôt qu'un autre...

Problème extrêmement complexe à prendre en charge car très difficilement contrôlable ou mesurable.

Oui, on peut penser que l'abondance peut nuire à la valeur intrinsèque d'un produit ou d'un service, d'autre part on pourrait aussi considérer que l'accès à Internet devient aussi nécessaire que l'accès à l'éducation, la lecture, la presse, voire l'eau courante et ce, quelque soit leur « qualité ».

Chaotique ? Oui, le terme est bien choisi dans le sens où l'on trouve du bon et du moins bon dans l'utilisation que l'on peut faire aujourd'hui de ces nouveaux tuyaux de communication. Mais tout comme la météo, on ne saurait prédire ce qu'il va se passer au delà de 7 jours...car le « modèle » n'existe pas et que c'est justement là que cela peut devenir fascinant !

L'Homme façonnera l'Internet en fonction de ses besoins, des besoins de nos civilisations actuelles et de celles à venir, ce serait une erreur de vouloir déjà tenter d'en limiter la « portée ».

Soumis par Fabrice (non vérifié) - le 02 juin 2010 à 23h14

Neutralité de l’Internet ?! Mais il s’agit peut être de l’avenir de nos enfants!
Parlons d’abord du contenant, c'est à dire le réseau physique et les licences nationaux. Cela apparait bien comme un réseau ouvert d'accès planétaire (disons pour 15% des vivants). Les puissances économiques trouvent dans cette neutralité leur principal argument de vente de ces tuyaux. Les pouvoirs politiques commencent à comprendre l’intérêt de ce « média », et ont décidé d’en privilégier l’essor, en espérant qu’ils pourraient le contrôler. Donc, pour ce qui est du contenant la neutralité est un peu l’ADN de l’internet, et l’accès internet tend à devenir une commodité neutre comme l’accès à l’électricité. Mais l’électricité sert aux médicaments aussi bien que la bombe atomique !
Pour les contenus la neutralité est un arbitrage entre i)Un moyen de communiquer et partager l’intelligence et la créativité humaine, ii) les pouvoirs économiques qui y voient un accès facile au marché mondialisé et un moyen de réduire les coûts de communication et de vente, iii) les pouvoirs politiques qui y cherchent des intérêts locaux. La frontière entre ces trois « composants » n’est pas limpide à ce jour, et son évolution non prévisible. La démocratisation de l'accès à ce contenu est jeune (une quinzaine d'années), la première génération des « connectés » n’arrivera au pouvoir que d'ici une dizaine d'années, et surtout en occident. Alors, des puissances mondialisées inconnues à ce jour (sauf google peut etre), selon des intérêts adaptés localement, orienterons la neutralité des contenus, mais il faudrait, alors, définir la notion de « neutralité orientée ». D’ici là, dans la transition chaotique d’un système qui se met en place, la créativité, fruit de besoins où l’expression de valeurs à venir, semble le seul moteur. La création n’est jamais neutre, el le s’impose par l’adoption des masses et ce d’autant plus facilement que l’accès à la commodité deviendra universel

Soumis par navidi (non vérifié) - le 03 juin 2010 à 09h40

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