Contrôle des cyber-citoyens en Chine : les géants du web ont bon dos

Carine Senft-Gouin

Carine Senft-Gouin

Senior Strategic Planner

Agenda Asia

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06 octobre 2008 3 commentaires

Le débat sur l'éthique des entreprises du web opérant en Chine est relancé. Après Google et Yahoo! c'est autour de Skype et son partenaire Chinois TOM d'être accusés de collaboration avec le gouvernement Chinois.

Par Carine Senft-Gouin, Interactive Director, Ruder Finn China
Nouveau scandale dans le web de l'empire du Milieu. Le spécialiste de la téléphonie sur Internet et son appui local conserveraient des discussions d'internautes sur des sujets "illicites", comme la contestation du gouvernement. Je me suis dit que cela nécessitait une petite mise au point.
Pourquoi conserve t-on les données informatiques personnelles ?
Les compagnies Internet sont obligées de conserver les données pendant un certain nombre d'années. Faut-il rappeler pourquoi ? Aider la justice dans la lutte contre les comportements illicites sur le Web.  À votre avis, comment sont arrêtés les pédophiles et les réseaux terroristes qui pullulent sur Internet ? Grace à des gens comme Yahoo, Skype ou Google qui, sur réquisition judicaire uniquement et sans en jamais connaître le motif, aident la justice à traquer les mauvaises âmes égarées sur le Web. Les géants du Web que l'on pointe du doigt sont bel et bien des acteurs à part entière de la lutte contre les contenus illicites. Et c'est là le cœur du débat : comment définit-on un contenu illicite sur Internet ? En France, c'est un contenu pédophilie ou émanant d'un terroriste la plupart du temps. En Chine, c'est aussi une critique du gouvernement.
Un problème politique
Dès lors, quand la Chine demande officiellement des informations, cela peut être la case prison pour un cyber dissident. Parce que la Chine n'est pas une démocratie. Parce que contester le gouvernement sur le Web c'est se mettre hors la loi. Mais refuser de transmettre des données informatiques sur réquisition judicaire c'est se mettre hors la loi pour l'entreprise aussi. Alors que faire ? Demander à Skype et les autres géants de sortir de Chine ? Ce serait amputer le Web Chinois. Ce serait faire abstraction des mouvements citoyens sans précédent qui font vaciller les gouvernements locaux tant sur l'effondrement des écoles du Sichuan que sur la crise du lait contaminé. Ce serait être fou au point de laisser le leadership aux géants Chinois comme Baidu et autre Sohu qui eux agissent véritablement au pas.
Le vrai coupable
On peut critiquer le manque de conscience politique de Tom ou Alibaba, les "joint venture" de Yahoo! et Skype en Chine. On peut aussi reconnaître les efforts de ces derniers dans la lutte contre d'autres injustices, dans d'autre pays. On peut aussi souligner leur manque de marge de manœuvre dans des pays où l'expression est contrôlée. On pourrait surtout accuser La Chine de les utiliser à des fins politiques, en prétextant faire appliquer la loi.

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3 Commentaires

J'ai lu cette phrase sur le mémorial de Morette :

Quand on a arrêté les communistes, je n’étais pas communiste, je n’ai rien dit ;
Quand on a arrêté les socialistes, je n’étais pas socialiste, je n’ai rien dit ;
Quand on a arrêté les Juifs, je n’étais pas Juif, je n’ai rien dit ;

Quand on est venu m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester.

[ Pasteur Niemöller ]

:)

Soumis par Arnaud VELTEN (non vérifié) - le 06 octobre 2008 à 16h40

Attention aux amalgames. Il y a une différence fondamentale entre intercepter de façon ciblée le contenu d'un échange suite à réquisition judiciaire, ce qui paraît effectivement justifiable, et analyser systématiquement le contenu de tous les échanges à l'aide de mots clés. Dans cette dernière situation, ce qui est le cas avec Tom-Skype, nous ne sommes plus dans un cadre judiciaire.
Il existe l'équivalent en occident : le projet "Echelon", et il ne brille pas par sa base jusdiciaire.

Soumis par Didier Neveux (non vérifié) - le 07 octobre 2008 à 05h24

Au fond, ne faudrait-il pas se poser la question de la distorsion entre ce que vendent ces géants de l'internet à leurs clients - entre autres, la liberté de s'exprimer - et des pratiques - rendues obligatoires par les lois locales - qui vont à l'encontre de ces promesses.

La libre circulation des idées n'est pas possible dans ce pays, pourquoi ne pas le dire explicitement? Un chinois qui utilise Baidu se fait sans doute moins d'illusions sur le secret qui entoure ses communications électroniques mais au moins, il a conscience du danger. Mais des entreprises commerciales ne peuvent se résoudre à se tirer une balle dans le pied en annonçant clairement la couleur - ce qui au passage, excusez du peu, peut amener d'autres balles, et pas que dans le pied.

Et finalement, n'est-ce pas mieux ainsi? Combien sommes-nous à penser que cela gacherait notre plaisir sur Internet, non pas d'être écouté par Echelon et consorts, mais de la savoir...

Soumis par Dimitri Jenevan (non vérifié) - le 09 octobre 2008 à 15h34

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