La déferlante du socioweb et ses limites

Pierre Chapignac

Pierre Chapignac

Analyste des impacts sociétaux des nouvelles technologies

Cabinet Rivière Consult Associés

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17 octobre 2008 3 commentaires

Les développements les plus spectaculaires du web résident dans la valorisation de la relation, du lien social, du partage et de la mobilisation collective. Mais tout cela n'est encore qu'un fantasme.

Par Pierre Chapignac, consultant associé, Rivière Consulting

Le socioweb, c'est quoi ? C’est le principe de Google : "Lisez les pages les plus lues" !. C’est le credo de Wikipedia : "Unissez vos connaissances pour mieux les partager" !. C’est le miel de Facebook et des autres réseaux sociaux : "Les amis de vos amis sont mes amis". Certes, l’utopie de la communauté a toujours accompagné les médias, que ce soit la presse écrite, la radio, la TV... Mais, la matrice technique restait le mass média : la diffusion y est une fonction centralisée et donc un pouvoir, quelles que soient les bonnes intentions de celui qui l’exerce. Le web permet de s’affranchir de cette matrice. C’est là que l’innovation technologique vient nourrir l’innovation sociale et organisationnelle. Ce faisant, "tout fout le camp" : la propriété, le pouvoir dans les organisations, les chemins de la connaissance, l’autorité des experts, etc. C’est la fin du monde. Pour moi, ce sont les prémisses d’un nouveau monde.
Grand chambardement ou fantasme ?

À bien y regarder, ce grand chambardement, qu’il soit réjouissant ou effrayant n’est pour l’instant qu’un fantasme. Le modèle économique d’un monde communautaire reste à inventer. L’unique ressource reste celle de la publicité, c'est-à-dire d’un mode d’échange bien établi et non innovant. Outre cette contradiction intrinsèque, la manne publicitaire ne pourra jamais financer l’énorme potentiel de service contenu dans la dynamique communautaire. Quant à la dimension sociétale, les valeureux cadres du glorieux Parti Communiste Chinois nous ont prouvé récemment que l’on pouvait contrôler le web tout en le développant. Mieux encore, ces brillants rétro-innovateurs en ont fait une arme au service du contrôle social. Alors, la fête est finie ? Si l’innovation sociale et organisationnelle tarde à venir ce n’est peut-être pas le produit de la force d’une résistance conservatrice.
Quelles innovations ?
Certes, les détenteurs de pouvoirs développent des applications web qui sont conçues pour pérenniser leur assise et maintenir les règles économiques et politiques qu’ils maîtrisent. Et toute personne ayant un minimum de responsabilité collabore à ce processus (c'est-à-dire le lecteur comme l’auteur de cette chronique). Mais, ce faisant, de nouveaux usages progressent incognito. De nouveaux points d’équilibre se dessinent. De nouveaux possibles se construisent. Il faut donc d’abord s’interroger sur la faiblesse de nos capacités d’innovation. L’innovation sociale et organisationnelle, c'est-à-dire la grande innovation, passe par l’accumulation d’une multitude d’innovations pratiques et concrètes qui prennent appui sur la dynamique du socioweb. Il nous reste donc à travailler avec ténacité pour concevoir la forme concrète des multiples services possibles, à les expérimenter, à identifier leur modèle économique. Le web est une merveilleuse promesse. Mais, c’est surtout un chantier.

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3 Commentaires

La dernière partie de votre billet est d’une pertinence sans égal, comme d’ailleurs l’ensemble de la proposition : tout est désormais dans ce que les individus sont en train de faire du Web. C’est donc aux industriels de savoir observer, relever et intégrer la dynamique sociale en émergence. Mais faut-il vraiment avoir peur de ce «chambardement» (ou plutôt de cette nouvelle configuration des pouvoirs ?) Faut-il continuer à opposer les pouvoirs des uns et des autres, les positions des uns et des autres comme au bon vieux temps de l’époque industrielle ? Il me semble que non. Pour comprendre la portée réelle du web, économique ou sociale, il faut à mon avis prendre en compte, non pas la fin du monde, mais le dépassement du celui où seul les échanges physiques créent de la valeur. La fin du monde statique.

Par ailleurs, concernant le modèle économique prétendument inexistant sur le web, c’est en réalité le moindre des problèmes, si l’on regarde les manières dont les acteurs économiques jouissent de l’ « ère de l’information »

Soumis par MCEdgar (non vérifié) - le 05 mars 2009 à 14h33

La dernière partie de votre billet est d’une pertinence sans égal, (…. il faut relire justement M. CASTELS & J. RIFKIN). L’énergie informationnelle crée, non pas de simples produits et services supplémentaires, mais de nouvelles modalités d’échanges.

A cet effet, il ne faut surtout pas plaindre les détenteurs traditionnels du pouvoir économique ou politique. Ils savent même en abuser, en exploiter sans modération, l’énergie informationnelle. Ils en contrôlent même les cadres et les structures (l’économie informationnelle et des réseaux ne date pas d’hier…).

La nouveauté, notamment avec les nouvelles générations du web, c’est qu’aucune structure organisationnelle ou technologique, même celle qui en est le support, ne peut se voir accorder le contrôle des formes interactionnelles qui en résultent.

Comme la République a appris aux élites d’écouter le peuple, il n’y a pas d’autre s choix, pour les décideurs qui veulent suivre le rythme (et préserver leur légitimité d’acteur-décideur) : «L’innovation sociale et organisationnelle, c'est-à-dire la grande innovation, passe par l’accumulation d’une multitude d’innovations pratiques et concrètes qui prennent appui sur la dynamique du socioweb» -cette phrase du billet commenté /(P. Chapignac dit tout

Soumis par MCEdgar (non vérifié) - le 05 mars 2009 à 11h41

Marrant de lire cet article datant de 9 mois... qui commencait si mal pour se conclure de façon si exacte.
Mais le chantier est et sera l'état permanent d'internet, cher Monsieur de Champignac (pardon mais c'était trop tentant de vous associer au sympathique personnage de ami de Fantasio)

Soumis par DD Ra (non vérifié) - le 01 juillet 2009 à 09h25

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