Détournement technologique au service de l'art.

Sophie Maurice

Sophie Maurice

Chargée de communication

Entité Image Corporate et Evènements de BNP Paribas.

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07 janvier 2008 Laisser un commentaire
Mots-clés : Europe

L'artiste russe Olga Kisseleva nous offre des surprises technologiques interactives et innovantes dans un lieu qui semble figé à l'époque de Blanche de Castille.

Par Sophie Maurice, chargée de communication au sein de l'entité Image Corporate et Evénements de BNP Paribas.
Les œuvres Tutor et le Centre d’Art Fitness ont retenu plus particulièrement mon attention sur les six présentées par l’artiste dans l’exposition (*) Douce France. Tutor adapte la technologie qui permet de décrypter les Mobile Tags non pas pour nous vendre un produit quelconque mais pour ponctuer de phrases poétiques notre parcours entre les différents bâtiments du domaine. Heureusement, à l’accueil, on nous prête un téléphone portable muni du logiciel Kaywa Reader qui permet de décoder ces codes à barres en deux dimensions disposés sur de petits supports en pierre ou sur un grand panneau composé de miroirs. Le visiteur photographie le tag, le logiciel le décode et un petit texte apparaît sur l’écran : « Le labyrinthe est un équilibre précaire entre le cœur et la raison »,  « Chacun est otage de ses actions »… L’artiste est la première à utiliser cette application cross media en art. En présentant le tag seul, Olga Kisseleva lui enlève son caractère de code barre amélioré pour lui conférer une identité plastique énigmatique.
Questionner les signes
Même si cette œuvre a un côté gadget, car elle n’utilise pas toutes les fonctions de cette technologie, elle permet de nous questionner sur les signes qui composent notre univers visuel quotidien et la place du discours non commercial dans la rue. Au lieu de nous renvoyer à un site Internet vantant un gel douche ou à une vidéo pour une île paradisiaque, les phrases nous amènent à nous interroger sur les utilisations que nous faisons des nouvelles technologies de l’information. Avec Tutor on touchait du doigt l’interaction. Dans la salle dite du parloir, l’artiste nous invite de façon plus immersive à nous impliquer dans l’œuvre et à en devenir acteur. Le Centre d’Art Fitness, composé de trois appareils de musculation est mis à la disposition du public. Ces machines, une fois actionnées, entraînent la projection d’une vidéo. Un programme informatique lance les images à la vitesse et à la cadence de l’utilisation que l’on fait de la machine. Notre action n’active pas simplement la diffusion, elle l’accompagne.
Détourner les outils familiers
Par exemple, si on va en arrière avec le stepper, la vidéo se déroule en sens inverse. Si on a un peu de mal à dompter l’appareil pour développer les triceps la vidéo avance au ralenti. J’apprécie beaucoup ces œuvres qui détournent des outils familiers (qui par la même occasion nous permettent de nous ridiculiser). Le message, ici, a d’autant plus d’impact quand il est délivré dans un contexte de détente. D’autant plus que les vidéos sont assez fortes. On nous donne à voir des images de révoltes sociales qui ont eu lieu en Ukraine ou en Palestine, sur lesquelles apparaissent de façon subliminale des logos de grandes entreprises françaises. Ces logos viennent flotter sur les images de manifestations, confrontant ainsi les deux puissances qui organisent le monde : la politique et le commerce. Olga Kisseleva nous propose une exposition bien maîtrisée qui remet en question la vision de la Douce France fantasmée par les étrangers et la réalité de la course à l’innovation dans laquelle notre pays est lancé.

(*) Présentée à l'Abbaye de Maubuisson, Saint-Ouen l’Aumône.

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