Le développement durable de l'Internet illimité

Philippe Gautier

Philippe Gautier

dirigeant de business2any et auteur du livre "L'Internet des objets... Internet mais en mieux" aux éditions afnor

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31 août 2011 3 commentaires
Mots-clés : Europe

Le débat sur la fin de l'Internet illimité est une conséquence de la question de la saturation potentielle des infrastructures en place et donc de leur conditions d'accès et de partage.

Dans mon dernier livre, j’évoque la saturation du Net- notamment dans le contexte de l'Internet des Objets et destraitements massifs de données évènementiellesgénérées par des lectures de supports d’identifiants d’objets physiques(RFID, barcode, etc.)et démontre que l’efficacité de tout système d’information, conçu selon les approches fonctionnelles actuelles, diminue de façon inversement proportionnelle à la complexité des organisations traitées. Internet, permettant l’interopérabilité de ces organisations, doit véhiculer toujours plus de données : c’est un fait. Pour pallier toute congestion, le discours ambiant se résume ainsi : " Internet se raréfie car il est impossible de l’étendre sans cesse... donc ses conditions d’accès et de partage doivent être plus sélectives… donc son coût doit augmenter". Les conditions de rareté et d’utilité déterminent en effet la valeur économique d’une ressource et ce discours, simpliste, se retrouve dans tous les secteurs d’activités où des matières premières sont consommées : énergie, alimentation, industrie, etc.

Est-ce le problème immédiat ?

Face à un problème de raréfaction, deux options (complémentaires) sont notamment possibles : intervenir directement sur le coût de la ressource (valeur économique) ou influencer les comportements et usages relatifs à son accès et son partage (système de valeurs). La première est la plus simple à mettre en œuvre, la seconde est plus audacieuse... Elle nécessite d’intervenir « par le haut », via une autorité régulatrice qui veille au bon fonctionnement de l’organisation exploitant la ressource et qui assure que ses éléments agissent en convergence de buts. Deux conditions préalables sont donc indispensables : il faut une autorité et elle doit être capable de comprendre la véritable nature du problème.

Cibler les principaux fautifs

Or, dans ce problème de saturation, les principaux responsables sont nos systèmes d’information - puissants auxiliairesde nos organisations sociotechniques  -qui utilisent Internet de façon dispendieuse car ils sont mal conçus. Avant toute chose, il convient donc de commencer par revoir l'usage que nos systèmes d’information en font ; et donc de s’attaquer à leur conception et intégration dans nos organisations. Depuis plus d’un demi-siècle, les acquis de l’école sociotechnique, des sciences de la complexité ou de la cybernétique nous inspirent des solutions concrètes, qui permettent ce changement de paradigme : il ne manque donc qu’une impulsion venant d’en haut. La raréfaction d’Internet est donc similaire à celledes ressources naturelles : une utilisationresponsable,intelligente et raisonnée en permet l'économie et repousse le problème.À quand un « grenelle de l’informatique » ?

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3 Commentaires

Une petite précision. Dans cette tribune il est fait référence à une "autorité". En l'occurrence, il ne s'agit pas d'un organe coercitif mais plutôt d'une entité "éclairée" dont la finalité est la "gouvernance" du système ("dérivé du latin gubernare, qui est emprunté au grec kubernâo, verbe qu'on retrouve dans la cybernétique" - source WIKIPEDIA).
Je définis le profil d'un tel organe dans mon livre "L'Internet des Objets, Internet, mais en mieux".
Philippe GAUTIER

Soumis par Philippe GAUTIER (non vérifié) - le 01 septembre 2011 à 08h00

L'origine du debat est elle reellement technologique? La rarefaction est elle reelle?

Sur la rarefaction, il est a noter que la commission europeenne fait etat des 2008 de son intention de promouvoir l'acces universel et pervasif a internet. On peut se demander de quelle rarefaction il serait alors question.

Sur le plafonnement, il est a noter qu'en dehors de France, bon nombre de fournisseurs d'acces vendent de tels produits depuis longtemps. On peut se demander s'il existe reellement des raisons autres et plus fondamentales (en particulier, techniques) que celles uniquement commerciales qui consistent a fragmenter et diversifier les offres a l'extreme.

Soumis par yap (non vérifié) - le 01 septembre 2011 à 10h18

Non, bien sûr, la raréfaction n'est techniquement pas avérée ; ce qui rend ce débat sur la "fin de l'Internet illimité" superfétatoire dans l'immédiat.
Dans mon article qui tend à le démontrer, j'insiste sur la "façon d’utiliser l’existant", plus que sur "l’extension possible des infrastructures actuelles".
Ceci étant les deux approches ne sont pas incompatibles mais complémentaires sur le long terme et toute réussite implique, je crois, leur mise en œuvre parallèle.
Si l'on se donne donc la peine de réfléchir sérieusement sur le sujet, ce débat actuel est vraisemblablement animé par des finalités différentes... "commerciales", peut-être, comme vous le soulignez dans votre réponse?
Bien cordialement,
Philippe GAUTIER

Soumis par Philippe GAUTIER (non vérifié) - le 01 septembre 2011 à 14h28

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