Pas d'informatique durable sans gouvernance

Frédéric Bordage

Frédéric Bordage

Expert Green IT et fondateur

GreenIT.fr

En savoir plus sur l'auteur

15 septembre 2010 Laisser un commentaire

Pour réduire l'empreinte du SI, il faut agir à la source : éliminer les applications inutiles, stocker les données une seule fois... Une réponse purement technologique ne traite que les conséquences d'une mauvaise gouvernance.

Par Frédéric Bordage, expert Green IT et fondateur de GreenIT.fr
La fabrication du matériel informatique pollue et consomme trop de ressources non renouvelables. Pour réduire son empreinte environnementale, il faut donc limiter le plus possible l’achat de matériel neuf. Pour y parvenir, les DSI recourent surtout à de nouvelles technologies : déduplication des données, virtualisation des serveurs... L’effet est positif à court terme : moins de matériel utilisé, moins de kWh consommés... Mais, ensuite, on assiste presque toujours à un effet rebond. Conclusion ? Sur le long terme, le manque de rigueur dans la gestion du SI neutralise les effets positifs de ces technologies. Les DSI doivent donc prendre conscience que la virtualisation, comme les autres technologies associées au Green IT, ne font qu’optimiser des pratiques existantes. Si celles-ci sont déjà rationalisées, l’effet sera bénéfique sur le long terme. Mais si le SI est mal géré, la virtualisation et les technologies associées aux éco-TIC optimiseront uniquement les conséquences d'une mauvaise gouvernance. Au final, le résultat sera négatif.
Pas de système d’information durable sans bonne gouvernance
La gouvernance s’applique à tous les domaines du système d’information – serveurs, postes de travail, impressions... – et à toutes les étapes du cycle de vie. Pour les postes de travail, une bonne gouvernance passe par l’allongement de la durée d’utilisation de 3 à 6 ans. Un projet qui ne peut aboutir qu’en travaillant en amont sur l’achat d’un matériel "durable". Pendant l’utilisation, en maintenant efficacement la couche logicielle, et en fin de vie en privilégiant une filière de reconditionnement. Comme la couche logicielle détermine en grande partie la durée d’utilisation du poste de travail, c’est surtout la durée de support technique et le niveau de granularité des mises à jour qui détermineront le rythme de renouvellement. Les architectes et les acheteurs jouent donc un rôle clé. Les premiers fixent, par exemple, les niveaux de quota disque et travaillent sur le cycle de vie des données utilisateurs pour ne stocker qu’une seule fois - et uniquement le temps nécessaire - les informations pertinentes. Il en va de même des applications.
Standardiser à outrance ? Contre-productif
Au final, la standardisation à outrance des configurations matérielles des postes de travail est contre-productive. En travaillant à un niveau de granularité plus fin, on peut entrer dans une logique de rotation des ordinateurs, sur plusieurs cycles de vie, d’un profil d’utilisateur à l’autre. Dans les entreprises qui pratiquent cette approche, les ordinateurs fonctionnent souvent de 5 à 7 ans. Ces actions paraissent évidentes. Pourtant, elles sont rarement mises en œuvre. Et, bien que plus élevé et plus "durable", leur retour sur investissement s’exprime à plus long terme. Or, gouverner, c’est prévoir et décider à long terme. Il est donc grand temps que les DSI réapprennent le sens de ce mot s’ils souhaitent pratiquer une informatique réellement "durable".

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas