Entreprise 2.0 : le modèle américain transposable en France ?

Anthony Poncier

Anthony Poncier

Associé et «social business director» EMEA

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28 juillet 2010 2 commentaires

Les compagnies outre-Atlantique valorisent le modèle de la conversation au sein de leurs équipes. Dans l'Hexagone, les sociétés en sont encore souvent à l'heure de la prise de conscience.

Par Anthony Poncier, consultant en management et en stratégie des organisations au sein du cabinet IDRH, auteur du blog poncier.org.
De plus en plus souvent, on peut lire des articles où les auteurs se demandent si telles bonnes pratiques de mise en place d’un modèle d’entreprise 2.0, pour des raisons de culture interne, peuvent être transférées vers une autre entreprise. Je m’étais moi même posé la question, en revenant de chez un client en Chine, pour comprendre dans quelle mesure le management 2.0 était soumis aux contraintes interculturelles. Mais cette question se pose assez peu quand il s’agit d’entreprise occidentale. Pourtant, lors d’un retour d’expérience sur la conférence Enterprise 2.0 de Boston, organisée à Paris par le Enterprise 2.0 forum, les différences m’ont semblé de plus en plus importantes à plusieurs niveaux. Cette année la conférence de Boston était placée sous le signe de la maturité et de la découverte de nouvelles frontières.
Un niveau de maturité et des moyens de mesures différents
Inutile de préciser que nous n’en sommes pas là en France, mais plutôt aux premiers retours d’expérience et prises de conscience de la part des entreprises françaises. De même, pour mesurer les avancées du travail collaboratif au sein des équipes, les entreprises américaines utilisent une batterie d’indicateurs illégaux chez nous, au regard de ce qui est autorisé par la CNIL. Ce qui a surpris les Américains : plusieurs auditeurs européens étant présents à Boston, qui se sont faits l’écho de cet état de fait. Là bas, les "évangélistes" parlent maintenant de l’importance des conversations au sein de l’entreprise. En France, de ma propre expérience, il n’est déjà pas évident d’en faire accepter les apports pour l’entreprise (le niveau de coopération étant déjà assez faible en général dans les organisations), quand on parle de travail collaboratif.
Une sémantique et une stratégie qui s’inspire du web 2.0
Mais si on parle de conversations, votre interlocuteur vous rétorque alors directement que le monde de l’entreprise n’est pas celui du web 2.0 et que les salariés ne sont pas là pour ça. Au niveau stratégie, je voudrais revenir sur un retour d’expérience présenté à Boston. Sony a fait le choix de faire de ses collaborateurs des ambassadeurs de la marque sur les médias sociaux, conduisant à une logique de personal branding interne et externe. On va donc adopter des comportements issus des médias sociaux au fonctionnement interne de l’entreprise, chose impensable en France, revenant sur l’idée que le web 2.0 n’est pas le monde de l’entreprise. Mais surtout à travers ce personal branding, qui comme son nom l’indique est une stratégie individuelle, cette dernière est utilisée à des fins collectives. La France est-elle juste à un niveau de maturité moindre que les Etats-Unis ? Va-t-elle prendre un autre chemin ou le renforcement de la génération Y dans l’entreprise va-t-il renforcer ce "côté" web 2.0 ?

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2 Commentaires

Excellent, je partage l'analyse d'Anthony. J'ai fait un billet sur le Personal Branding au service de l'entreprise 2.0 mais peu d'écho pour l'instant !

Soumis par Olivier Zara (non vérifié) - le 29 juillet 2010 à 15h46

Etant un Américain naturalisé Français, je suis particulièrement attiré par ce sujet. Dans les mots, chaque culture parle avec passion de la liberté et l'égalité, mais le vécu de facto est bien différent aussi bien vis-à-vis la loi que dans les entreprises. Les notions de collectivité, vie privée et méritocratie sont interprétés très différemment dans les deux pays. Cependant, dans les deux pays, il y règne une méfiance par les employés vis-a-vis du management (pour des raisons légèrement distinctes). Il n'est pas possible d'être catégorique, car il y a des paradoxes et des contradictions importants dans les deux pays. Je cite par exemple le fait qu'en France, on continue à voir sur le CV la date de naissance, la photo (avec l'analyse graphologique en plus parfois) mais que les français acceptent beaucoup moins facilement le mélange de la vie privée dans le cadre du travail (et vice versa aux EU), d'où la difficulté d'accepter le media social Facebook -- un milieu hybrid entre personnel et professionnel. Au lieu forcément de regarder que par le biais culturel, j'évaluerais aussi en fonction de la petite et 'grande' mentalité ; et je dirais qu'il existe un management ouvert et averti (voire international) dans chaque pays tout autant capable de mettre en place l'entreprise 2.0. Et, par ailleurs, il y a aussi dans chaque pays un management qui a peur, qui continue à chercher à maintenir le contrôle avec un focus produit au-lieu d'un vrai focus client. Le fait est que la France est plutôt quelques ans en retard par rapport à la compréhension et adoption des technologies.Nonobstant, les entreprises qui savent favoriser la collaboration et l'échange parmi les équipes, de créer des environnements où on peut apprendre, expérimenter (voire savoir échouer), et communiquer avec plus de fluidité et transparence vont se donner une longueur d'avance sur ceux qui restent fixer dans l'ère de l'entreprise 1.0.En tout cas, le sujet est passionnant.

Soumis par Minter Dial (non vérifié) - le 11 août 2010 à 22h46

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