Entreprise 2.0 : la tête et les jambes

Anthony Poncier

Anthony Poncier

Associé et «social business director» EMEA

Publicis Consultants Net Intelligenz

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09 janvier 2013 2 commentaires

Accompagner la transformation d'une entreprise nécessite un savoir faire, mais aussi les moyens de le déployer. Si autant de projets échouent, ce n'est pas par hasard. Bien souvent l'une de ces deux conditions n'est généralement pas remplie.

 

Quand des instituts comme Forrester annoncent que d’ici 2016 le marché des réseaux sociaux d’entreprise représentera 6,1 milliards de dollars rien que pour les éditeurs, forcément l’ensemble des agences et cabinets de conseils se met sur les rangs, sans connaître grand chose à ce type de projet. C’est pourquoi certains petits cabinets arrivent à tirer leur épingle du jeu, car au niveau de la mise en place de la gouvernance, de la stratégie de déploiement d’un pilote, ils ont acquis un savoir faire bien supérieur. Malheureusement quand il s’agit de changer d’échelle, ces petits cabinets ne peuvent plus suivre, n’ayant pas les ressources nécessaires à mobiliser pour assurer le suivi d’un déploiement à grande échelle, encore plus quand il est à l’international, puisque là on rentre notamment sur des questions de management interculturel. Etant spécialisés sur le "collaboratif", ils vont aussi finir par se trouver dépourvus, quand il va falloir aborder les questions de processus RH ou de processus métiers qui leurs sont souvent étrangers.

Des jambes pour courir après quoi ?

Les jambes, les grands cabinets les ont. Mais on retrouve les bonnes vieilles recettes de conduite du changement appliquées dans les années 90, et qui malheureusement pour les entreprises qui choisissent ces grands cabinets, ne sont pas optimales pour ce type de projets où on ne parle pas de formation à l’outil, mais bien de changement culturel. Sans un minimum de savoir faire, on va avoir une armée de consultants qui vont appliquer des principes déconnectés de la réalité de ce type de projet. Car oui si une forte présence de terrain est obligatoire pour accompagner un projet collaboratif de grande ampleur, le plus souvent un suivi à distance n’est pas suffisant. Encore faut-il appliquer les "bonnes recettes" et les adapter au goût du jour et à la question du changement d’échelle, car ce qui est possible à petite échelle, ne peut facilement s’appliquer à une plus grosse échelle. Il faut des relais capables de s’adapter à ces nouvelles contraintes, qui sont loin des préceptes de gestion de déploiement d’un projet IT.

Une tête, des jambes, et du temps

Et puisqu’on parle des jambes, là il faut plutôt se tourner vers les entreprises qui voient toujours cela comme un sprint. On parle là d’un marathon, car évoluer culturellement, transformer son organisation, cela prend du temps et nécessite un accompagnement à la hauteur des enjeux. Et là encore, on est bien loin de la ligne d’arrivée. Donc au final votre projet de social business, c’est trouver un accompagnant qui la tête et les jambes pour vous guider, à condition de lui laisser aussi le temps de le faire.

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2 Commentaires

Cet article est tres significatif de notre temps et marque bien la césure qui s'impose de façon de plus en plus évidente: il pose la question de l'innovation et du changement de culture , on voit bien que les grandes structures ne marchent plus vraiment : l'organisation de l'entreprise hyper centralisée par des systèmes de reporting souvent très discutables dans leur finalité, le financement par des banques qui ne prêtent plus, des règles sociales qui ne satisfont plus personne, la commercialisation avec Virgin (mais la FNAC c'est pas beaucoup mieux) où les gens vont choisir en magasin et acheter sur Internet et, si on veut aller plus loin encore, la représentation démocratique, le droit mondial, le système monétaire (le FMI qui dit benoitement nous annonce avec le sourire: "on s'est trompé dans notre algorithme de calcul", et personne n'est remis en cause). On sait que les petits innoves mais on ne veut pas leur acheter et que les gros, au mieux, rachètent les petits et au pire, l'étouffent. Il faut changer les méthodes d'approche et de mise en œuvre de l'innovation. Il faut également laisser plus de chances aux petits et que les gros (les jambes) soient plus modestes : des méthodes de déploiement de grands cabinets, certes, mais attention aux différences entre méthodes et camisoles. Pour celà, encore faudrait-il que le top management soit lui aussi plus modeste et accepte de ne pas s'affirmer par une domination étouffante plus que par un consensus de projet d’entreprise : je suis frappé dans mes missions de voir combien les entreprises à consensus (y compris des PME leaders mondiales) sont plus paisibles et combien leur air est plus serein et frais. Le bienvivre est palpable. L'innovation aussi. Le marché aussi. Mais peut-on encore avancer par évolutions successives? Ne faudrait-il pas maintenant une innovation de rupture pour nos systèmes de pensée?

Soumis par o.eschapasse - le 14 janvier 2013 à 09h30

Je lis ici que seul les grands cabinets ont des jambes ??? Les gros dinosaures sont souvent bien court sur pattes et immobiles.

Soumis par ocarbone - le 25 janvier 2013 à 09h25

je vous rejoins 100% sur la problématique des gaps qui existent d'un pays à l'autre, en terme de culture mais également en terme d'usages. Cela rend le déploiement de ce type de stratégies difficile d'autant plus difficile et délicat que le marché lui même oblige au changement (les clients, les consommateurs...). Il y a parfois un sentiment de prise en tenaille qui parfois stimule, souvent inhibe...

Soumis par celine dargent (non vérifié) - le 06 février 2013 à 09h05

Le réseau social d'entreprise doit être une conséquence d'un changement d'organisation qui doit commencer par le télétravail (le nomadisme), et le management de réseau. La RH y a un rôle clef. Le réseau social va découler de la nécessité de maintenir le lien entre actuers nomades, de la mise à disposition des connaissances de chacun via des blogs, avec le pilotage indispenable. Ceci peut se faire "worldwide" à ce niveau... Le "grand réseau" social d'entreprise vient bien après, avec les sujets de variété culturelle d'un pays à l'autre..

Soumis par Arnaud de Lagrange (non vérifié) - le 04 mars 2013 à 10h22

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