Entreprises : osez le matériel reconditionné !

Frédéric Bordage

Frédéric Bordage

Expert Green IT et fondateur

GreenIT.fr

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04 juin 2010 2 commentaires

Malgré sa fiabilité, une garantie de six mois, et un prix défiant toute concurrence, le matériel informatique d'occasion reconditionné ne séduit pas les entreprises. Difficile d'en comprendre les raisons rationnelles.

Par Frédéric Bordage, expert Green IT et fondateur de GreenIT.fr
Le matériel informatique d’occasion reconditionné est un sujet tabou en entreprise, et est perçu comme une sanction pour les utilisateurs. Il faut dire que le dernier iPad est forcément plus "classe" qu’un ordinateur portable d’ancienne génération. Alors, on renouvelle le parc tous les trois ou quatre ans avec du matériel flambant neuf et surdimensionné. Un responsable du parc informatique d’une grande banque m’expliquait récemment que les secrétaires de son entreprise auraient bientôt un processeur à 4 cœurs, 4 Go de RAM, 320 Go d’espace disque et un écran de 20 pouces sur leur bureau. C’est la configuration moyenne… Pourquoi faire ? Envoyer des courriers électroniques, préparer des présentations PowerPoint et faire un peu de traitement de texte. Comme je le démontrais dans une précédente chronique, l’ordinateur le plus "vert" et économique est celui qu’on utilise le plus longtemps possible, essentiellement parce que les pollutions se concentrent lors de la fabrication et de la fin de vie du matériel.
Matériel reconditionné : économique et logique
Alors pourquoi ne pas s’équiper de matériel professionnel, mais d’occasion et reconditionné ? Ce dernier peut fonctionner des années sans problème majeur. Et il ne coûte que 20 à 40 % du prix neuf. Malheureusement, alors qu’il existe un marché naturel pour les véhicules d’occasion, les ordinateurs sont perçus comme des biens de consommation jetables. Pourquoi, alors qu'on change naturellement la roue d’une voiture plutôt que de jeter celle-ci, jette-t-on si facilement un PC plutôt que d’y ajouter une barrette de mémoire ? Au delà de ces aspects économiques, les déchets électroniques sont toxiques. En France, malgré la loi, huit ordinateurs sur dix finissent dans une décharge où les produits chimiques toxiques qui les composent s’infiltrent dans le sol, puis dans les nappes phréatiques. En remontant la chaîne alimentaire, ces produits (PCB, plomb, cadmium, mercure, etc.) finissent dans votre assiette.
Donner du temps à la filière DEEE
Et la situation n’est pas prête de s’améliorer. Un récent rapport du PNUE* prévoit une explosion des quantités de déchets électroniques (DEEE) à traiter d’ici 2020 : + 500 % en Inde et + 400 % en Chine et en Afrique du sud pour les ordinateurs, et 7 à 18 fois plus de déchets liés aux mobiles respectivement en Chine et en Inde. Ces chiffres sont liés à la fois à la croissance du marché local et à l’exportation illégale de 80 % des DEEE de l’Europe vers l’Asie et l’Afrique. Au final, acheter un matériel informatique d’occasion reconditionné n’a que des avantages. Cela permet de développer des emplois locaux, et coûte moins cher à l’entreprise pour un service rendu identique. Et le recourt à ce type de matériel évite la fabrication d’un "futur déchet hautement toxique" tout en laissant le temps aux filières alternatives - collecte, reconditionnement, recyclage - de se développer. Face à de tels arguments, une seule question me vient à l’esprit : qu’attendez-vous ?
*Programme des Nations Unies pour l’Environnement

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2 Commentaires

Tout à fait d'accord, nous utilisons systématiquement de tels matériels (y compris des serveurs)depuis plusieurs années.
Mais, pour des postes de développement, contraints d'utiliser des dernières versions de Windows 7, il nous faut du matériel neuf !
Une remarque: l'écologie ne devrait pas interdire le respect de l'orthographe: "Et le recourt à ce type de matériel.." !!

Soumis par Pierre Clerc (non vérifié) - le 05 juin 2010 à 11h37

Pourquoi pas, mais je relève plusieurs points qui ne sont pas applicables dans ma (grande) entreprise : - Si nous utilisons du 'Refurb', nous augmentons le risque de fragmentation de modèles d'UC du parc informatique.- Quid de la garantie des machines ? - Gestion délicate des licences Windows et Office. Faut il acheter uniquement du 'hard', et faire l'impasse sur le 'soft'- Communication importante dans l'entreprise nous les utilisateurs finaux.- Si on diminue le cout des achats IT, le DSI va perdre en puissance auprès de la DG.Pour le particulier, c'est une option intéressante.Pour le pro, je ne suis pas (encore) convaincu.Cordialement.

Soumis par Francois (non vérifié) - le 07 juin 2010 à 13h58

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