Faut-il avoir peur de ses données sur Internet ?

Jean de Chambure

Jean de Chambure

Directeur du Conseil Asia

L'Atelier Asia

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02 mars 2006 Laisser un commentaire
Mots-clés : Europe

Conférence intéressante la semaine dernière à l'Atelier sur le thème de la protection des données personnelles recueillies par les entreprises. Les règles de la Cnil (Commission Nationale...

Conférence intéressante la semaine dernière à l'Atelier sur le thème de la protection des données personnelles recueillies par les entreprises. Les règles de la Cnil (Commission Nationale Informatique et Liberté) ont été renforcées par la loi du 6 août 2004. Elles impliquent de la part des responsables des traitements informatiques des données de prendre des mesures physiques (sécurité des locaux) et logiques (sécurité des systèmes d'information) afin de garantir leur sécurité.
 
Sans quoi ? Les conséquences peuvent être lourdes pour le responsable informatique (la loi prévoit jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende) et l'entreprise (détérioration d'image). A ce titre, avant l'assignation en justice de Google par le gouvernement américain, combien d'internautes américains avaient pris conscience de la masse des données que Yahoo ! Google, AOL et MSN possèdent sur eux ?
 
Très peu, sans doute. La résistance de Google vis-à-vis du gouvernement américain montre sa volonté affichée de préserver l'anonymat des internautes… Mais elle révèle dans le même temps au grand public la gigantesque mémoire numérique de Google pour ce que les internautes recherchent sur son moteur (sans parler de Blogger, Gmail…).
 
Dans un contexte où le volume des données numériques collectées chaque année par les entreprises croît entre 60 et 80 %*, il est essentiel pour elles-mêmes comme pour leurs clients (internautes ou non), que des mesures de sécurité idoines soient mises en œuvre. Et qu'elles soient clairement communiquées.
 
Côté internautes français, à noter sur ce sujet l'article intéressant que Caroline Lancelot-Miltgen, doctorante en marketing à l'université Paris Dauphine, a rédigé pour le site Internet Actu. Point saillant (et rassurant) de son "papier" : les internautes français sont prêts fournir des données personnelles pour davantage de sécurité (82 %), mais moins du tiers des personnes interrogées pour son étude (29 %) acceptent de monnayer directement leurs données.
 
Si l'on imagine à peine les masses de produits qui sont et seront conçus à partir des données numériques recueillies par les entreprises, l'on perçoit sans doute encore moins la pertinence que ces dernières peuvent donner à des travaux d'économie qui s'intéressent à d'autres facettes de l'économie traditionnelle pour expliquer des réalités du monde contemporain.
 
Sur ce sujet, la lecture du désormais classique "Freakonomics", récemment traduit en français, est particulièrement roborative. Avec intuition, audace, sens de l'association, la recherche économique de son auteur Steven Levitt, mise sur le calcul de données pour expliquer des faits a priori aussi éloignés que la corrélation entre la baisse de la criminalité et la légalisation de l'avortement. A lire, dès que possible !
 
Jean de Chambure
Rédacteur en chef
 
 
* les volumes estimées des données numériques créées chaque année varient entre 2 et 3 exaoctets, soit 2 ou 3 milliards de gigaoctets !

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