La finance souffre-t-elle comme la musique de la dématérialisation ?

François Seligmann

François Seligmann

Directeur de projets

Orange France

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20 novembre 2008 5 commentaires

La numérisation des oeuvres a bouleversé l'industrie du disque. N'a t-elle pas été le prélude de ce que l'on constate aujourd'hui avec la crise financière ?

Par François Seligmann, directeur de projet chez Orange France
"Seuls les poissons ne savent pas qu'ils vivent dans l'eau". A l'aube des premiers effets concrets de la dématérialisation, la crise financière actuelle nous rappelle cruellement les conséquences de cet état de fait. La possession financière n'a plus de substance réelle, elle n'est plus qu'une ligne de code, échangeable, créditée et surcréditée en un simple click de souris et dont on spécule la valeur dans des hausses ou des baisses vertigineuses. L'industrie de la musique avait déjà donné le ton. "Pirater c'est du vol".
Du silicium plus qu'une oeuvre
C'est une évidence mais dans l'esprit d'un adolescent de 15 ans qui n'a connu que ce moyen d'accès à la musique, où est le vol puisqu'il ne possède pas physiquement le morceau ou l'album piraté ? Aurait t-on oublié en route le contenu au profit - si j'ose dire - du support ? Aurait-on vendu de la galette de silicium plutôt qu'une oeuvre de Nina Simone ? Aurait-on parié sur du profit à très court terme sans se préoccuper de la valeur du bien gagé ou de l'entreprise cotée ? Et là encore, la musique donne le "la".
Une communication audacieuse pour retrouver la confiance
Les concerts redonnent de la voix. Des artistes que l'on croyait retirés des circuits musicaux font des retours fracassants (AC/DC en ce moment par exemple). Des groupes trouvent sur scène les moyens d'acquérir de la notoriété médiatique (Louise Attaque, pour ne citer qu'eux). La finance pourrait sans doute méditer l'histoire récente de la musique, qui est toujours autant écoutée... mais par d’autres moyens. La finance ne devrait-elle pas se réincarner ? Tout simplement, la finance ne doit-elle pas retrouver son sens originel et retrouver le chemin du financement de l'économie ?

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5 Commentaires

Belle analogie. Il est temps effectivement de retrouver le concept de "valeur ajoutee" dans la finance, pour sortir des calculs mathematique qui rapporte gros mais n'apporte rien, et revenir sur l'essentiel: fournir le moyen aux entrepreneurs de demarrer et faire grandir leurs entreprises, pour creer des emplois et relancer l'economie. Cette crise est une vraie opportunite en fait, esperons que nous saurons la saisir avant que le gouvernement ne remette en place les memes acteurs qui partiront dans les memes derives...

Soumis par Marc Dangeard (non vérifié) - le 21 novembre 2008 à 22h53

Bonjour,
L'analogie semble faire sens mais elle ne tient pas. Pourquoi ? C'est simple la musique est au prix que l'internaute est prêt à payer, ce qui ne correspond pas à son coût réel. Quand vous pouvez vous procurer un ''service'' gratuitement le modèle économique est difficile à trouver, d'ou une rematérialisation du ''service'' en question, concert, événement live etc..

Le probleme de la finance ne semble justement procéder de la logique inverse. Des ''services'' dématérialisés mais à très haute valeur potentielle sans réalité matérielle. Ces ''services'' portent intrinséquement leur valeur jusqu'au jour ou plus personne ne crois à cette valeur virtuelle...

Soumis par antoine Lamarche (non vérifié) - le 26 novembre 2008 à 09h45

L'analogie est pertinante, car le problème est le même. La musique n'a pas de problème avec la dématérialisation, c'est l'industrie du disque qui en a. Les disques piratés sont ceux qui ne possèdent pas de musique, mais un produit commercial qui n'a pour but que de faire vendre du disque. Quand le musique est dépourvue de contenu émotionnel, elle est facilement piratable. Le contenu émotionnel va, comme le dit antoine, déterminer le prix que l'internaute est pret à payer pour l'écouter. La finance s'est pris les pieds dans le même tapis que la musique. Elle s'est détachée de la valeur que peut y mettre un investisseur.

Soumis par Laurent Dollé (non vérifié) - le 01 décembre 2008 à 20h57

Les choses changent, les leaders qui l'acceptent gagnent (Steve Job : ipod, marché tenu par Sony)
Les tournants décisifs sont souvent vus comme des anecdotes ...Par les dirigeants pétris d'orgueils...
Beaucoup d'autres choses "risquent" de changer ...Comme pour la Finance, et la musique (à noter pour la musique que les ventes ont augmenté, mais ce sont les ventes immatérielles qui ont augmenté...)

Soumis par Arnaud VELTEN (non vérifié) - le 02 décembre 2008 à 20h26

Je régit une seconde fois car le sujet me tient à coeur. Le sujet n'est pas la qualité des oeuvres sur lesquelles on peut toujours discuter, les gouts et les couleurs... Par contre il s'agit de ''valeur'' au sens économique et de la perception de cette ''valeur'' lorsqu'elle n'a plus de réalité physique.
Ce qui pertinent dans l'analogie faite ce n'est pas le ''modèle'' economqiue mais l'attitude de l'homme, du consommateur, vis à vis de cette ''valeur''. Le détachement et la non percpetion de la réalité de la ''valeur''.
Pour la musique des artistes qui vivent, travaillent, enregistrent des musiques et espèrent pouvoir en vivre.
Pour la finance des usines, des ouvriers, des matériaux qui sont transformés en produits etc..
C'est la perte de ce rapport à la réalité qui est potentiellement grave.

Soumis par antoine Lamarche (non vérifié) - le 05 décembre 2008 à 13h53

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