Le fond de scène s'anime

Sophie Maurice

Sophie Maurice

Chargée de communication

Entité Image Corporate et Evènements de BNP Paribas.

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08 septembre 2010 Laisser un commentaire
Mots-clés : Europe

Les décors de scène évoluent vers d'autres animés en vidéo ou en animation. Patrice Mugnier y intègre une part de risque et d'imprévu en y projetant des images dont la diffusion est gérée en temps réel.

A l’occasion d’une conférence de l’ACM Siggraph Paris organisée par L’Atelier, j’ai eu plaisir à redécouvrir le travail de Patrice Mugnier, déjà aperçu lors des portes ouvertes de l’Ensad. Il présentait un travail scénographique pour le spectacle vivant qui a été réalisé en deux temps, respectivement intitulé Corpus A et Corpus Motion. Le premier est composé d’une vidéo de fragments de corps filmés en gros plan et projetés sur 8 caissons disposés au sol. La base de travail : une vidéo composée d’un plan séquence de 5 min où l’on devine deux corps, un homme et une femme qui s’entrechoquent, se touchent et se repoussent. Ce film sans traitement de l’image ni montage préalable se déroule devant les yeux du public. Qui va en modifier le déroulement initial grâce à ses mouvements : les spectateurs influent sur différentes composantes de l’image, sa structure, la rapidité de diffusion... Ce qui leur permet, par leur interaction avec l’installation, de scénariser l’œuvre et de créer leur propre lecture du film.
Un spectateur de nouveau passif
L’image filmée étant utilisée comme une matière organique vivante qui évolue en fonction de son environnement social. Mais en laissant le public acteur de l’interaction il y a souvent un sentiment déceptif. Il est peu aisé de contraindre le spectateur dans le temps, ce qui donne parfois un effet de zapping qui ne convient pas à des œuvres immersives. Et deuxièmement, les gestes des visiteurs sont souvent timides, ce qui ne permet pas d’explorer réellement les possibilités techniques de l’installation. C’est sans doute pour cela que l’évolution de ce projet a remis le spectateur dans une position passive. L’interaction de la v2, Corpus Motion a été confiée à des performeurs. Avec Corpus Motion, les performeurs équipés de capteurs infra rouge manipulent l’image, en modifient le cadrage, la temporalité, la netteté et la vitesse de diffusion. Plusieurs sur scène, ils utilisent leur corps et jouent entre eux pour faire évoluer la vidéo.
Exploiter les possibilités techniques sans hasard
Ils ont aussi recours à des accessoires, pour provoquer des variations infinies de l’interaction en temps réel de l’image. On comprend en les voyant manier de grands bâtons que ceux-ci leurs permettent de découper l’image dans n’importe quelle direction. Corpus A proposait une expérience au spectateur qui à tâtons tentait vainement de déclencher des séquences par hasard sans en comprendre la mécanique. Les performeurs de Corpus Motion en ayant connaissance de toutes les possibilités techniques de l’installation et connaissant la composition de la vidéo, sont plus à même d’en tirer les meilleurs effets. Chaque représentation est sans doute plus regardable qu’avec les actions incontrôlées de la foule des visiteurs. Ce projet offre de belles possibilités aux créateurs de spectacles qui voudraient apporter de l’imprévu dans leur création scénique, un outil où le décor serait en recomposition constante avec des variantes infinies.

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