Du Gameplay dans l'art

Sophie Maurice

Sophie Maurice

Chargée de communication

Entité Image Corporate et Evènements de BNP Paribas.

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07 mai 2009 Laisser un commentaire

La frontière est de plus en plus perméable entre l'art numérique et l'univers vidéo ludique. Pour preuve, les oeuvres Monster Shadows et My VJ is a dancer. Par Sophie Maurice, chargée de communication au sein de l'entité Image Corporate et Evénements de BNP Paribas

Le principe de ces créations se base sur l’un des premiers éléments énoncés par Ernest Adams et Andrew Rollings qui définit un gameplay : les règles du jeu. Le seul moyen pour le public d’accéder à ces œuvres est de suivre les consignes édictées par l’artiste. Dans le cas de Monster Shadows – mis en place par Philipp Worthington - on se retrouve au milieu de deux écrans blancs. Notre silhouette en ombre chinoise y apparaît. Un programme de reconnaissance de formes capte notre silhouette à laquelle s’ajoute des extensions (piques, dreadlocks, petites bulles). Notre ombre est transformée en un monstre hybride mi-rasta mi-animal. Nos mouvements déclenchent des bruits. Ainsi en tendant les bras, le programme fait apparaître une gueule de crocodile pleine de dents acérées qui vagit. En faisant une forme ronde, on obtient des yeux rieurs ou pas selon la courbure de la figure.
Des règles liées à la plate-forme
Le soft de reconnaissance de forme est très performant puisqu’il peut reconnaître des éléments aussi précis que des positionnements de main. Une fois ces principes compris et maîtrisés on peut, seul ou à plusieurs, se lancer dans la création d’une pièce de théâtre d’ombres assistée par ordinateur. C’est assez incroyable, j’ai vraiment cru que l’artiste avait traduit ce qui était dans mon imaginaire lorsque je m’amusais enfant avec ma lampe torche en projetant mon ombre sur les murs. L’autre œuvre à laquelle je pense, et dont les règles sont totalement liées à la plateforme sur laquelle elle s’appuie s’intitule My VJ is a dancer. Un groupe d’artistes (Marion Stapf, Remi Vincent, Matthieu Colle et Kevin Levain) s’est penché sur le problème épineux du manque de jeux pertinents de la console Wii. Heureusement, grâce à eux, il est possible de trouver des jeux pas exclusivement pensés pour les maisons de retraite.
Des règles liées à la plate-forme
Le principe de base est simple, les commandes se font par des mouvements captés par une Wii mote et grâce à un programme de reconnaissance de gestes développé, le joueur déclenche des séquences de sons et d’images. Le but ici n’est pas vraiment basé sur la réussite des pas de danse mais plutôt sur la composition d’un collage en temps réel de sons et d’images. Une douzaine de mouvements sont référencés, donc pas de doute, on peut aussi faire le show devant l’écran. Dans ces deux œuvres, aucun point à gagner ni de quête à remporter, la subjectivité de la composition l’emporte. Mais, cette concession à l’univers du jeu ne se fait pas au détriment de la pertinence technologique. Les artistes, face à leurs moyens limités ont eu l’intelligence de choisir des gameplay simples mais rendus particulièrement efficaces par la maniabilité et la fluidité des commandes. Ces œuvres sont souvent aussi impressionnantes et aussi drôles à voir qu’à tester. Présentées dans des expositions, elles convertissent l’espace en salle d’arcade, transformant le visiteur rigide du musée en un être gigoteur, pour mon plus grand plaisir.

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