Internet : 930 millions d'adeptes, pour quelle nouvelle géographie ?

Jean de Chambure

Jean de Chambure

Directeur du Conseil Asia

L'Atelier Asia

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30 septembre 2005 Laisser un commentaire

Dix ans après l'introduction en bourse de l'un de ses premiers navigateurs (Netscape), Internet compte aujourd'hui près d'un milliard d'internautes. Point frappant de ces statistiques : 53,5 %...

Dix ans après l'introduction en bourse de l'un de ses premiers navigateurs (Netscape), Internet compte aujourd'hui près d'un milliard d'internautes. Point frappant de ces statistiques : 53,5 % des internautes habitent l'Europe ou l'Amérique du Nord, zones géographiques qui ne représentent que 16,5 % de la population mondiale... Certes, la Chine a dépassé les 100 millions d'internautes, l'Inde s'approche des 40 millions d'utilisateurs avec un taux record de progression (+ 684 % !), mais ces usages restent modestes au regard du nombre d'habitants de ces pays.
Alors quoi ? Internet n'abolirait pas complètement la notion de frontières ? "Internet est (…) un support technologique qui permet à la fois l'expansion des métropoles et leur mise en réseau à l'échelle planétaire" affirmait Manuel Castells, dans son livre La galaxie Internet (2002). L'histoire lui donne raison. Si, sur le Web, une forte visibilité peut être donnée au site institutionnel d'une grande entreprise comme au blogue d'un internaute habitant hors d'une grande ville (pourvu qu'il soit citoyen d'un état qui respecte la liberté d'expression), la puissance géographique des villes s'avère souvent renforcée par Internet.
Avec de fortes facilités d'accès (proximité des infrastructures télécoms), les grandes métropoles canalisent l'essentiel du trafic Internet, tandis que les Etats-Unis demeurent "le lieu" de passage des données IP (Internet Protocole) qui circulent entre les pays du monde. 94 % de ce trafic passe en effet par cette nation qui héberge par ailleurs la plupart des serveurs racines* de la planète. Cette concentration s'effectue souvent aux dépens des autres zones géographiques, moins prises en compte dans le développement commercial de ceux qui font l'Internet qu'ils soient opérateurs, moteurs de recherche, fournisseurs de contenus ou d'accès au Net. Et ce malgré, les développements prochains des technologies d'accès sans fil comme le Wimax.
La montée en puissance d'Internet signe-t-elle donc nécessairement l'aggravement de la fracture numérique ? Ce n'est pas inéluctable. D'abord, parce que des projets de développement régionaux qui s'appuient sur des réseaux solides d'entreprises peuvent fortement tirer parti d'Internet. Ensuite, parce que le travail à distance commence à se développer. Enfin, parce que les acteurs d'Internet saisissent progressivement l'intérêt commercial de lancer des produits ou des services à plus faible coût à destination des pays en développement. D'autant que certains marchés arrivent à saturation.
Les opportunités pour réduire la fracture numérique sont donc bien réelles, reste à les transformer en action.
Jean de ChambureRédacteur en chef
*Serveurs racines : Serveurs qui répondent aux requêtes pour les extensions principales des noms de domaines (.com, .org. info, .de, .fr …), puis les redirigent après vers les serveurs Web spécifiques.
PS : L'Atelier intervient sur le sujet "Quelle géographie pour Internet ?" au > festival international de géographie de Saint-Dié.

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