IPO réussie : quelles premières leçons pour la diva Google ?

Jean de Chambure

Jean de Chambure

Directeur du Conseil Asia

L'Atelier Asia

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23 août 2004 Laisser un commentaire

Les premiers fans l’ont vue discrètement entrer en scène en 1998 : blanche, modeste, dépouillée, mais incroyablement efficace, l’url www.google.com est rapidement devenue la diva du Web, la Sublime...

Les premiers fans l’ont vue discrètement entrer en scène en 1998 : blanche, modeste, dépouillée, mais incroyablement efficace, l’url www.google.com est rapidement devenue la diva du Web, la Sublime Porte pour accéder aux quelques 4 milliards de pages qui le composent aujourd’hui. Malgré leur renommée, malgré leur marketing, et peut-être à cause de leur interface trop rubriquée et fournie, aucun annuaire, aucun portail n’a su freiner cet incroyable succès bâti sur son efficacité et la réputation que lui ont faite les internautes. Performance sophistiquée des algorithmes de recherches, simplicité d’une interface presque vierge : un paradoxe inédit qui a gagné face à l’armada des portails. C’est peut-être le succès de ce contre-pied qui a convaincu les deux fondateurs de Google, Larry Page et Sergueï Brin, de garder une ligne « non conventionnelle » pour leur société, y compris dans son introduction en Bourse. L’originalité paye. Souvent. Lorsqu’elle est efficace. Mais pas nécessairement partout... Quel bilan tirer de cette IPO qui s’est voulue « atypique » ? Pas si mal pour une première journée : 100,3 dollars le prix de l’action en clôture pour un prix d’introduction à 85 dollars, et une valorisation boursière de 23,1 milliards de dollars. Rappelons toutefois que la 1ère fourchette de prix des actions Google oscillait entre 108 et 135 dollars. Par ailleurs, 5 millions d’actions en moins ont été mises sur le marché : 19,6 millions contre 24,6 millions. Si ces chiffres restent tout à fait encourageants, la stratégie 100 % atypique de Google semble en partie remise en cause, notamment sur son mode de financement et sa communication financière. Côté mode de financement, le principe des enchères sans intermédiaires financiers a semble-t-il suscité une certaine méfiance de la part des internautes, parfaitement séduits par le potentiel de Google, mais déconcertés par le manque d’information induit par ce système d’achats directs. Côté communication financière, la volonté des dirigeants de ne pas communiquer leurs résultats trimestriels, couplée à une interview diffusée dans le magazine Playboy quelques jours avant l’IPO n’a pas été du meilleur effet. On peut se demander l’intérêt actuel d’être original dans sa communication financière, connaissant la vivacité de mauvais souvenirs d’actionnaires sur certaines « acrobaties » financières souvent illégales (Enron, Worldcom…). Ce n’est évidemment pas le cas de Google, mais la société est assez saine et prometteuse pour ne pas avoir besoin d’être originale sur ce sujet. Non ? A force d’expériences, la diva Google va peut-être s’appliquer ce vieil adage : « Exubérance dans mon art, classicisme dans ma vie ». Les investisseurs, les actionnaires, ainsi qu’une grande partie des internautes attendent de Google qu’il continue à étonner par son génie de l’innovation : recherches thématiques, messageries… Les frasques de sa vie financière leur semblent moins intéressantes. Une leçon pour l’avenir ? On en reparle lors des prochains résultats annuels. Jean de ChambureRédacteur en chef

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