Le Lean Startup : une source d’inspiration pour les grandes entreprises !

Thierry Isckia

Thierry Isckia

Professeur de Stratégie

Télécom Ecole de Management (Institut Mines-Télécom)

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22 mai 2013 8 commentaires

Le Lean Startup, qui vise à améliorer le développement de jeunes pousses, est une source d'inspiration pour certaines grandes entreprises en quête d'efficience. Mais pour que cela fonctionne, il faut en comprendre la démarche et la philosophie : l'agilité et l'esprit d'entreprendre.

L’expression Lean Startup reflète les changements profonds qui se sont opérés ces dernières années dans le domaine de l’entreprenariat. L’e-krach de mars 2000 a mis en exergue des comportements déviants qui se sont traduits par une destruction massive de valeur. Les startups de l’époque avaient comme point commun un niveau de dépense trop élevé et artificiel, principalement motivé par la volonté d’enchaîner les tours de table et autres levées de fonds, le tout avec des business models on ne peut plus exotiques et des perspectives de création de valeurs complètement déconnectées de la réalité.

Le phénomène Lean Startup traduit donc la volonté de rétablir un peu de rigueur en rationalisant le fonctionnement des jeunes entreprises sans sacrifier la quête de rentabilité. Le Lean traduit avant tout une recherche d’efficience, une certaine forme de frugalité, et surtout une orientation délibérément pragmatique et réaliste : être évalué au regard de ce que l’on a réalisé concrètement, et non de ce que l’on prévoit réaliser un jour.

Les origines

Le Lean Startup trouve ses origines dans le Lean Management, popularisé à la fin des années 80 par une célèbre étude du MIT qui visait à mieux comprendre les origines de la performance de l’industrie japonaise automobile comparées à celle des Etats Unis et de l’Europe. Le système de production de Toyota est alors apparu comme le plus performant des modèles mis en place chez tous ces industriels. La philosophie sous-jacente à ce modèle est également très vite apparue comme le fondement qui devait désormais guider l’effort de rattrapage des entreprises nord-américaines et européennes : la quête de la performance passe par l’amélioration continue au service du client et de l’entreprise en jouant sur deux leviers d’action que sont la chasse aux gaspillages et la simplification des processus afin d’augmenter leur fluidité et leur flexibilité.

La démarche Lean Startup est donc une déclinaison de ces grands principes dans le contexte particulier des petites entreprises mais avec les mêmes visées stratégiques. En tirant partie des possibilités offertes par l’Open Source et des méthodes Agiles, les jeunes pousses peuvent améliorer leur efficience de manière significative et valider rapidement les hypothèses sous-jacentes à leur business model. L’utilisation de plateformes LAMPS (Linux, Apache, MySQL, PhP) s’est démocratisée en raison de leur faible coût et de la présence de tous ces composants dans la plupart des distributions Linux. De leur coté, les méthodes Agiles permettent de réduire les coûts de développement, d’augmenter la créativité et le delivery des équipes, et de développer sa base clients comme illustré par les travaux de Steve Blank et d’Eric Ries.

Plus d'agilité

Concrètement, le Lean Startup renvoie à un ensemble d’outils et de méthodes pour développer son entreprise en combinant Agile Software Development, Customer Development et stratégies de plateformes. Pour Steve Blank, une startup est une institution humaine ayant pour objet de créer un nouveau produit ou service dans des conditions d’incertitude forte. Aussi, toute entreprise s’efforçant de créer une innovation stratégique ou d’explorer un nouvel espace de marché s’apparente à une startup. Le principal intérêt de la démarche Lean Startup est de pouvoir tester tous les aspects relatifs à sa vision du business, à son marché et ses clients, au produit ou au service... et d’adapter en temps réel son business model et son design organisationnel en fonction des retours clients.

L’agilité de la startup résulte de cette volonté d’aller vite (mais sans précipitation) et surtout, aller à l’essentiel : se concentrer avant tout sur ce qui marche (Minimum Viable Product) et développer ensuite le reste... Cette forme de pragmatisme radical séduit aujourd’hui beaucoup de grandes entreprises qui sur un fond de crise, tentent de rationaliser leur fonctionnement tout en améliorant leur performance.

Il n’y a pas si longtemps encore, l’une des vulgates managériales était « Big is Beautiful ». La course à la taille critique et son cortège de fusions-acquisitions ont cependant créé beaucoup plus de problèmes qu’ils n’étaient censés en résoudre et progressivement est réapparue l’idée selon laquelle le recentrage sur son core business, sur l’expérience client et la création de valeur étaient des éléments clés de toute stratégie. En ce sens, le Lean Startup peut être une source d’inspiration pour les grandes entreprises sous réserve de ne pas tordre le cou à la philosophie ou à l’esprit initial de la démarche, en mobilisant correctement les outils et méthodes, en gérant efficacement le changement, et en cultivant une vrai culture entrepreneuriale...culture que bon nombre de grandes entreprises ont perdu.

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8 Commentaires

Merci pour ce post/synthèse sur le lean startup bref et juste.

Une remarque cependant, la définition de la startup que vous citez n'est pas celle de S. Blank mais celle de E. Ries. Pour S. Blank c'est une organisation provisoire qui a pour but de trouver un business model scalable et reproductible.

Soumis par FranckBZ - le 23 mai 2013 à 10h20

Cette synthèse est en effet trés intéressante.
Toutefois, j'irai plus loin pour ce qui concerne les grands groupes. Ces derniers ou au moins certains n'ont pas seulement perdu la culture entrepreneuriale, ils l'ont combattue au profit de termes qui furent à la mode comme économies d'échelles, industrialisation avec ses corollaires la déresponsabilisation des responsables et la production de normes bureaucratiques de telle sorte que chaque personne soit substituable.
Dès lors un passage en mode lean serait pour eux une véritable révolution culturelle avec ses laissés pour compte, avec une forte résistance au changement. Cela ne pourrait être impulsé que par les plus hauts responsables hiérarchiques aptes à tenir un cap.
In fine de beaux budgets à venir pour les cabinets de consultants spécialisés dans la conduite du changement.

Soumis par Laurent_64 (non vérifié) - le 24 mai 2013 à 09h32

Bonjour,
Je partage votre avis Laurent_64 et votre analyse, les grandes entreprises sont en partie responsables de la situation dans laquelle elles se trouvent aujourd'hui. Dans leur quête effrénée de performance et de rationalisation, on a oublié le plus important : l'humain. Au demeurant, les cabinets de conseil ont encore de beaux jours devant eux et se sont déjà empressés de "surfer" la vague du Lean et du Lean Startup !
Cdt

Soumis par tisckia - le 26 mai 2013 à 11h38

Bonjour et merci pour votre remarque FranckBZ !
Effectivement, la définition mobilisée est celle de Ries (un ancien thésard de Blank il me semble !) et souligne le caractère "provisoire" qui a pour but de trouver un business model scalable et reproductible. A. Osterwalder a développé une méthode efficace tirées de ses travaux sur Business Model Innovation...et qui permet de trouver le BM adapté (scalable et reproductible).... La démarche nous renvoie également au caractère "expérimental" de l'entrepreneuriat.
Cdt

Soumis par tisckia - le 26 mai 2013 à 11h47

Bonjour Thierry et merci pour cet article,
Avez-vous des exemples d'utilisation de la méthode lean startup dans des organisations publiques ?

Soumis par sbrunet - le 28 mai 2013 à 13h12

Bonsoir sbrunet,
Je n'ai pas d'exemples d'organisations publiques qui pratiquent le Lean Startup ou les méthodes Agiles. Le Lean, c'est avant tout le pragmatisme ! C'est donc une posture un peu éloignée de celles des organisations publiques. Les projets informatiques par exemple sont généralement des "cathédrales" "usines à gaz" développés en suivant les règles du Project Management Body of Knowledge (PMBOK) et des approches de type Waterfall. Certains lots peuvent cependant sous-traités à des entreprises qui elles, bossent en Agile...mais cela reste rare pour plusieurs raisons. C'est bien dommage, mais c'est aussi une source d'espoir car les organisations publiques ont tout a gagner a tenter de s'approprier ce type de méthodes managériales....leur raison d'être n'est-elle pas la volonté de délivrer des services de qualité aux administrés ?

Soumis par tisckia - le 30 mai 2013 à 19h20

Merci pour votre réponse. On peut être pragmatique sans nécessairement mettre en oeuvre une démarche lean startup néanmoins ;o)

Soumis par Sébastien Brunet (non vérifié) - le 04 juin 2013 à 12h45

Lisez le Maître : http://hbr.org/2013/05/why-the-lean-start-up-changes-everything

Soumis par tisckia - le 11 juin 2013 à 21h20

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