L'écrit n'est plus ce qu'il était... et c'est tant mieux

Renaud Edouard-Baraud

Renaud Edouard-Baraud

Directeur général de L'Atelier BNP Paribas Asia

L'Atelier

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05 mai 2008 14 commentaires
Mots-clés : Amérique du Nord

Les jeunes générations ne sont ni arriérées, ni incultes. Elles créent juste de nouveaux systèmes de communication qui ne sont pas très accessibles à leurs aînés. Nuance.

Les fautes d'orthographe se multiplient lors des dictées malgré l'augmentation du budget de l'éducation ! La grammaire propre aux messages courts envoyés depuis les téléphones portables influe sur la structure des phrases couchées sur papier ! Oui, et alors ? C'est vrai, il est agaçant de peiner à la lecture des messages où manquent la moitié des voyelles. On pourrait parfois se croire dans le roman d'anticipation Niourk (New-York en novalangue) de Stefan Wul. Agaçant, parce que cela signifie que dans un nombre grandissant de domaines, nous faisons désormais partie de la catégorie des spectateurs et non plus des acteurs de l'innovation.
Maîtriser l'écran et le papier
J'éprouve ce même sentiment d'incrédulité lorsque je vois les jeunes naviguer sur les portails vidéo ou photo en l'absence de toute structure graphique classique pour les aider à se repérer. Agaçant car cela signifie cette fois qu'ils manient l'image comme un vrai langage. Et parce que, même si je n'aime pas le dire, cela signifie que je ne suis plus "un jeune". Il n'y a qu'à voir deux études issues d'universités américaines. La première démontre que les adolescents savent parfaitement séparer l'écriture sur support électronique (SMS, messagerie instantanée, twitter...) de celle plus institutionnelle sur support cellulosique. En résumé, ils maîtrisent non seulement ce que les générations antérieures leur ont apporté, mais aussi un média qui leur est propre.
L'IM, un nouveau langage
Autre apport, cette fois amené par le Dr. Pamela Takayoshi, de l'université du Kent : "la messagerie instantanée n'est pas juste une grammaire déviante ou un tas d'erreur". L'IM serait un langage séparé de l'anglais formel avec ses propres particularités : informel, explicite, amusant, raccourci et élaboré en même temps, mettant plus en valeur le fond que la forme. Certes, tout cela ne dit pas quoi faire face à l'augmentation des fautes d'orthographe. Une suggestion : faire écrire les enfants sur ordinateurs, avec l'aide d'un correcteur orthographique digne de ce nom. LOL, non ? TTYL sur le fil twitter de L'Atelier ou dans la colonne de commentaires des articles.

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14 Commentaires

Bonjour,

article très intéressant, mais je crains quand même que cette génération aie de vrais soucis d'orthographe!
Quand bien même ils font effectivement la différence entre le français et la "novalangue", il n'en va pas moins que leur maîtrise du français écrit est largement influencée.

Pour ma part, odieuse rétrograde que je suis, je trouve cette situation dommageable et constate qu'un fossé est réellement en train de se creuser entre ceux qui maîtrisent la grammaire ou l'orthographe et les autres...
De mon point de vue, l'écriture ne peux que devenir assistée par ordinateur. Plus que les SMS ou l'IM, les correcteurs orthographique et les T9 sont responsables de la "dégradation" ou de la "modification" de l'orthographe et la grammaire. La communication change, et c'est passionnant même si inquiétant quand on (je) n'est pas au niveau :,)

Soumis par Choktsang Anne (non vérifié) - le 06 mai 2008 à 08h49

Assez d'accord avec Anne : ça ne serait pas grave si de l'autre côté, les jeunes maîtrisaient la grammaire et l'orthographe, ce qui, sans vouloir faire mon vieux con, me semble tout même assez compromis.

Soumis par Olivier S (non vérifié) - le 06 mai 2008 à 09h03

Le titre de votre édito est volontairement, peut-être inutilement, provocateur. Tant mieux, si de nouveaux langages de communication dédiés, sont inventés.Tant pis, si leurs auteurs sont par ailleurs dénués des bases fondamentales qui fondent la culture et donc privés de tout ce qu'elle représente.J'aime la provocation à petite dose, mais ça c'est hors sujet. Pour mémoire, mon édito est basé sur deux études qui tendent à prouver que les nouveaux usages ne sont pas forcément destructeurs de langage.

Soumis par André M. (non vérifié) - le 06 mai 2008 à 11h21

Sujet fort interessant. Effectivement ce style d'ecriture n'est que la réponse à une evolution de nos moyens de communications. je me rappelle le temps ou je faisais des pages entières d'écritures aujourd'hui je ne suis pas sur que les plus jeunes en font autant et de toute facon celà n'aura pas d'importance car il manipule tres bien le clavier. effectivement ce qui compte est de pouvoir faire passer avant tout son idée et de l'illustrer au mieux avec des images, son video ou smiley...Demain on ne fera plus de page d'écriture et les fautes d'orthographes seront corrigées directement. Les phrases seront traduits dans une autre langues en temps réel. Alors on pourra toujours dire qu'il est dommage de ne pas savoir écrire avec un stylo mais à ce moment le mode de communication aura encore évolué. Desolé pour les fautes d'orthographes ^ ^...

Soumis par ANtoine.N (non vérifié) - le 06 mai 2008 à 15h26

Excellent article. Je crois aussi à l'apparition de ces langues "dérivées" de leurs langues respectives, ces "novalangues". Le phénomène s'observe autant pour l'anglais que le français. En revanche, je suis plus circonspect avec les études qui montrent une différenciation entre la langue "digitale" et la langue "cellulosique" : chacune influence logiquement l'autre. Or il y a fort à parier que le digital influencera plus le cellulosique : un lol, c'est plus simple et rapide qu'un "Cela m'a fait sourire, je vous trouve amusant(e)".

Soumis par Gautier Girard (non vérifié) - le 06 mai 2008 à 16h10

PAS D'ACCORD !!
"Réponse de L'Atelier : ... Pour mémoire, mon édito est basé sur deux études qui tendent à prouver que les nouveaux usages ne sont pas forcément destructeurs de langage."

Monsieur,En matière de preuve, je serai plus nuancé : vos 2 études ne permettent que de prouver que de nouvelles formes de communication se créent...

En revanche, ce qui est très clair, c'est qe l'apprentissage du / des langage(s) et la richesse du vocabulaire sont des conditions "sine qua non" de la "préhension" de la réalité du monde.

Autrement dit, MOINS de vocabulaire = MOINS de connaissance (non scientifique)de ce qui nous entoure.*

Et cela engendre des problèmes.

Exemple concret : merci de tenter l'explication du mode d'emploi de l'iphone en novalangue.. bon courage, et 2 efferalgans.

Ceci dit, lorsque l'on veut avoir 80% des français au bac - politique française récente -, on est bien obligé de baisser le niveau général !

Et pour relancer le débat, le langage est une victime de la culture du "fun" à tout prix ?

Enfin, à titre personnel, la novalangue pour s'envoyer des "baches" et rigoler, c'est sympa.

Excellente soirée à tous,

Xavier

Soumis par Xavier Didenot (non vérifié) - le 06 mai 2008 à 18h56

la sténodactylo, très utile, n'a pas inventé une nouvelle culture. Une commodité n'est ni une création, qui demande une réflexion et un travail d'élaboration, ni une culture qui demande une connaissance du passé, littéraire et historique. Aurait-il fallu mettre les manuscrits philosophiques grecs dans l'oubli au moment de l'imprimerie, etc.Il faut choisir entre civilisation et barbarie, et ne pas confondre un ba-ba avec les mille et une nuits.La sténo n'est pas vraiment un mode de communication. c'est plus un mode de transcription pratique qui reste dans les mains d'une seule et même personne. Quant à la préhension du monde, je suis d'accord : la culture peut aider à comprendre le monde tel qu'il est, mais pas forcement tel qu'il sera. Et je doute que les IM, les SMS soient vraiment des commodités pour les jeunes générations. Là où je ne vous suis plus, c'est quand vous parlez de barbarie. La langue de Molière n'est plus parlée, ce qui n'empêche ni la terre de tourner ni la civilisation d'avancer.

Soumis par Daniel (non vérifié) - le 07 mai 2008 à 07h44

Bonjour Renaud,

Permettez-moi de revenir sur la préhension du monde par le langage. Je parlais de la richesse du vocabulaire (à laquelle la culture contribue), et non de la culture en soi.

Ce qui veut dire qu'un individu ayant un fort niveau de langage a beaucoup plus de chance de comprendre le monde qui l'entoure : nous comprenons toujours mieux ce que nous sommes à même de définir...

Je pense que votre vision de ces "nouveaux" systèmes de communication est erronée : vous n'arriverez jamais à définir le monde présent et encore moins appréhender futur (si cela est possible)avec des messages IM ou chat.

Aucun doute à ce sujet : IM et chat sont utiles, rapides, précisément des commodités...au même titre que la sténo !

Bien cordialement,

Xavier

Soumis par Xavier Didenot (non vérifié) - le 09 mai 2008 à 09h43

Le télégramme déjà avait ses "codes"...
Si chaque canal à sa "langue", la principale différence réside dans le poids qu'il représente : beaucoup de juniors passe le plus "clair de leur temps" on line... à la place de la lecture, de l'écriture, du dialogue oral... Ca finit forcément par déformer le reste...

Soumis par Didier (non vérifié) - le 15 mai 2008 à 13h52

Maitriser une langue veut dire: être capable de cerner toutes les nuances, toutes les substilités qu'elle comporte. Une langue n'est jamais statique.À mesure qu'elle évolue, c'est à mesure sa structure se modifie. Ainsi, il y a des mots, des expressions qui vieillissent. Si un ancien grammairien ou linguiste se voit dépassé en restant figé dans le passé, qu'il soit humble pour s'adapter, s'accomoder à la réalité de la langue.De même que ceux qui contribuent au développement de la langue française doivent reconnaissance du bon travail que les anciens ont fait. C'est parce qu'ils ont monté sur leurs épaules qu'ils ont pu voir plus qu'eux. Travaillons de plus en plus pour le meilleur raffinement de la langue française.
Un grand défis à élever. Surtout dans les pays qui sont encore au stade de l'enseignement traditionnel de la langue. Je pense à mon pays Haiti où la langue française est une langue seconde. Pourtant cette langue seconde souffre beaucoup dans les écoles comme dans certaines univertsités du pays: elle n'est pas bien parlée, bien écrite.
Votre humble passionné de la langue française, Élie.

Soumis par Dieudonné Élie (non vérifié) - le 15 août 2008 à 15h16

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