L'informatique verte face au paradoxe de l'énergie grise

Frédéric Bordage

Frédéric Bordage

Expert Green IT et fondateur

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17 mars 2010 2 commentaires
Mots-clés : Asie-Pacifique, Europe

La fabrication d'un ordinateur en Chine émet 19 fois plus de CO2 que l'utilisation de cet ordinateur pendant un an en France. L'ordinateur le plus vert est donc celui qu'on utilise le plus longtemps possible.

Par Frédéric Bordage, expert Green IT et fondateur de GreenIT.fr
Il y a quelques mois, le PDG d’un des trois principaux fabricants d’ordinateurs dans le monde m’affirmait que le reconditionnement des ordinateurs d’occasion ne l’intéressait pas. Et pour cause : son modèle économiques est basé sur la vente de produits neufs. Le PDG préférait donc mettre en avant les vertus de son matériel éco-conçu, générateur d’importantes économies de CO2. Pourtant, les économies de CO2 sont essentiellement réalisées en évitant de fabriquer un nouvel ordinateur. C’est tout le paradoxe du Green IT tel qu’il est présenté par les fabricants de matériel, et plus généralement toute l’industrie informatique. Alors qu’il fonctionne sans problème plus de 10 ans, la durée moyenne d’utilisation d'un ordinateur est passée de 6 ans en 1997 à moins de 3 ans en 2005. Pour soutenir ce rythme de renouvellement artificiellement élevé, les apôtres de l’industrie électronique se sont d’abord alliés aux éditeurs de logiciels dont les besoins (mémoire, processeur) ne cessent de croître.
Economies d’énergie : un argument économique
Ils vantent désormais les économies d'énergie réalisables grâce au matériel récent. Imparable. A force de marteler ce discours, l’industrie informatique a réussi à imposer sa propre définition du Green IT. Pour tous les DSI, celui-ci rime donc avec l’achat de nouveaux ordinateurs éco-conçus, c’est à dire qui consomment moins d’électricité et rejettent moins de CO2. Malheureusement, cette vision est erronée. Quitte à compter l’énergie consommée par un ordinateur, autant compter toute l’énergie. C’est à dire celle liée à son cycle de vie : fabrication, transport, commercialisation, etc. On parle d’énergie "grise" pour désigner celle consommée tout au long de la vie du produit, mise à part la phase d’utilisation. Une notion systématiquement passée sous silence par les fabricants. Et pour cause ! La fabrication d’un ordinateur en Chine émet près de 800 kg de CO2 contre 40 kg pour un an d’utilisation en France.
Développer le marché de l’occasion
Il faut donc utiliser son ordinateur pendant 20 ans pour produire autant de CO2 que pendant sa fabrication. En d’autres termes, les économies réalisées lors de l’utilisation et tant vantées par l’industrie informatique ne représentent que le côté émergé de l’iceberg. Pour réduire les émissions de CO2 liées à l’informatique, nous devons prioritairement nous intéresser au marché de l'occasion afin d’allonger de la durée d’utilisation du matériel électronique. "La seconde vie d'un ordinateur économise 5 à 20 fois plus d'énergie que son recyclage", rappelait déjà Ruediger Kuehr en 2002 dans son étude Ordinateurs et Environnement publiée pour le compte de l'Université des Nations Unies (UNU). Pourtant, alors que le matériel professionnel d’occasion reconditionné est fiable, écologique, et jusqu’à 80% moins cher que le matériel neuf, très peu d’entreprises recourent à cette solution. La faute au marketing de l’industrie informatique ?

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2 Commentaires

Je serais curieux de voir ce que ça donne pour d'autres produits, comme les voitures...

Soumis par Dominique Comte (non vérifié) - le 19 mars 2010 à 10h43

L'auteur a entièrement raison, mais il devrait préciser qu'il existe des alternatives pour obtenir des performances logicielles équivalentes à celle des dernières versions ultra-gourmandes de bien des éditeurs, Microsoft en tête.
Linux pour les serveurs et les postes de travail, OpenOffice pour la bureautique.
Les contraintes induites par les nouvelles versions de Windows aboutissent à l'obligation pratique de changer de matériel pour obtenir des performances inférieures à celles des anciennes versions. Et, pour les éditeurs d'applications, de suivre cette course absurde au lieu d'améliorer fonctionnellement leurs produits.

Soumis par Pierre Clerc (non vérifié) - le 20 mars 2010 à 18h10

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