Obama ou le simulacre de la démocratie participative sur le web

Carine Senft-Gouin

Carine Senft-Gouin

Senior Strategic Planner

Agenda Asia

En savoir plus sur l'auteur

25 novembre 2008 9 commentaires
Mots-clés : Asie-Pacifique

Bloggers, politologues et professionnels du marketing : tout le monde s'accorde à dire qu'Obama a mené une campagne victorieuse sur les plans de la politique et du marketing digital. Mais cela reste du marketing.

Par Carine Senft-Gouin, Interactive Director, Ruder Finn China
Le produit Obama s’est vendu sur la toile comme des petits pains. Tout juste élu, il persiste et signe mais en s’attaquant cette fois-ci au web participatif, le grand absent de sa campagne. Le président élu a eu beau informer, recruter et générer des dons massifs sur la toile, on restait jusqu’ici dans une communication à sens unique. Les idées des militants, les questions et les commentaires, bref tout contenu produit par les internautes était indéniablement mis a l’écart des espaces web officiels du président élu. Or le web 2.0 se veut avant tout participatif. La campagne Internet d’Obama était certes brillante, délivrée sur tous les canaux possibles mais elle est tout même restée 1.0. La surmédiatisation liée au recrutement du jeune fondateur de Facebook - en tant que responsable de la campagne digitale - et de l’usage des réseaux sociaux les plus populaires laissent entrevoir une volonté acharnée d’être perçu comme moderne et innovant. Moi qui attendais une véritable démocratie participative...
Le parti communiste chinois prise les réseaux sociaux
Obama a-t-il inventé le marketing politique 2.0 ? La réponse n’est pas si évidente. En Chine, les réseaux sociaux sont aussi très prisés par le parti communiste et depuis de nombreuses années. La plupart des représentants locaux du parti voire certains ministres ont des groupes sur Facebook, leurs propres blogs et animent des forums de discussions. Des espaces ultracontrôlés où le débat et bien évidemment la contestation sont inexistants, mais où le message politique est "matraqué". Or la révolution du marketing 2.0 est bel et bien la construction d’un dialogue direct et transparent. Un échange où sont pris en considération l’avis des citoyens dans un projet politique et celui des consommateurs dans une stratégie de marque. C’est ainsi que Dell répond en direct à ses clients sur direct2dell.com, ou que Ségolène Royale publiait les doléances postées sur desirdavenir.org. Dans les deux cas, la promesse 2.0 est tenue.
Un groupe Facebook... Où est la révolution ?
On est en droit d’attendre d’Obama une révolution sur la démocratie participative bien plus qu’un groupe sur Facebook, des posts sur Twitter, des vidéos sur YouTube. En période de transition, il entend s’y attaquer en ouvrant simultanément trois sites web dits "participatifs". Mais là encore, le message politique domine. Le seul contenu émanant des citoyens est le nombre de votes sur des sujets prédéfinis. Où sont passés les commentaires sur le blog ? Pourquoi ne peut-on pas consulter dès à présent les propositions des citoyens ? Comment vont-elles être intégrées dans l'action politique ? On n’en saura pas plus pour l’instant. On donne à l’internaute une page à compléter, un bouton pour voter. On donne surtout au citoyen l’illusion de s’exprimer. Et on le crie haut et fort. Le buzz fonctionne, la presse et la blogosphère soulignent l’exploit. Le marketing est décidément le grand gagnant. Pour la démocratie participative, on repassera. 
* http://change.gov/, http://whitehouse2.org/, http://obamacto.org/

Haut de page

9 Commentaires

je te rejoins en partie sur le fait que l'utilisation des médias sociaux par Barack Obama, à la fois lors de sa campagne et à la fois après son élection, revêt plus de l'image et de la communication que de la participation.J'ai écrit dernièrement sur le sujet dans www.mediassociaux.com

Un autre exemple sur le site Change.gov, il laisse la possibilité aux internautes de s'exprimer mais dans une démarche différente d'un espace de dialogue puisque il s'agit plus ou moins que d'un simple formulaire dont le contenu n'est ensuite pas visible sur le site.

Soumis par Cédric DENIAUD (non vérifié) - le 25 novembre 2008 à 11h39

à partir de Ségolène tenait la promesse 2.0 j'ai décroché...

Soumis par edgar (non vérifié) - le 27 novembre 2008 à 23h06

Soyons sérieux ! Mr Obama avait-il le temps de poser les crayons pendant sa campagne pour se consacrer au dialogue et à l'analyse des propositions de ses concitoyens ?

Soumis par Jacques (non vérifié) - le 04 décembre 2008 à 12h56

Il fallait bien que quelqu'un le dise... bravo pour ce billet!

Soumis par Anne-Marie Provost (non vérifié) - le 08 décembre 2008 à 23h07

Que dire alors des dernières évolutions de Change.gov qui propose, à la façon d'un Digg, de remonter les questions les plus populaire auquel la nouvelle administration américaine s'est engagé à répondre... Que dire du fait que la nouvelle administration met désormais systématiquement en ligne les textes et rapport que lui envoie les lobbies (récemment la MPAA)... Autant Ségolène et le web 2.0 était une vaste blague, autant là, c'est loin d'être aussi évident.

Soumis par Fabrice Epelboin (non vérifié) - le 12 décembre 2008 à 19h33

Fabrice, Carine a raison.
Les internautes ont surtout le droit de se mobiliser et d'en parler (et en faire parler) autour d'eux.
Poser des questions, c'est un peu la moindre des choses et pas encore une vraie participation.

Tout comme, Carine, Fabrice a raison lorsqu'il dit que nous y étions pas vraiment non plus avec desirdavenir...

Non, dans cette élection (encore), Internet a été le média où l'on s'informe, certes, le média de la fragmentation et du ciblage, celui de la mobilisation (ou tout du moins de l'animation du réseau de militants plus ou moins prononcés), enfin celui de la mémoire, où l'on peut mettre le politique face à ses contradictions (voir à ses engagements dans un second).

Et donc, si Internet contribue au marketing du candidat, Internet ne fait pas encore l'élection et, ne nous en déplaise, nous devons reconnaître que la télévision n'est pas encore morte, comme principal média d'opinion.

Soumis par Stéphane Guerry (non vérifié) - le 13 décembre 2008 à 17h23

ah, et ça, ton propre post sur RWB le montre bien d'ailleurs Fabrice

Soumis par Stéphane Guerry (non vérifié) - le 13 décembre 2008 à 17h24

Pertinent. Mais attention : la dimension participative du 2.0 ne pourrait en aucun cas être confondue au comptage des « posts » individuels des internautes.
Il me semble que vous ne parlez que des retours internautes comme ce qui aurait fait défaut à my.barackobama.com, par exemple.
Cette approche exclusivement quantitative et individualiste de la participation web est fausse : une communauté Obama, fortement (ré-)active sur Internet, a bel et bien existé, Ce n’est pas parce que le site officiel n’était pas bourré de retours internautes qu’il ne favorisait pas la participation.
Le Web d’Obama était bel et bien malléable, extensible, duplicable, pénétrable à volonté, durable (par ses facilités à laisser des traces par la volonté de la base…) … Il respirait, il suait, il était humain.
N'avez –vous pas vu cela ?…Bref, pour dire que l’appréciation de l’interactivité ne pourrait en aucun cas se réduire aux posts des internautes (re)mis sur le site (que peu de gens lisent par ailleurs !).

L’essentiel, c’est savoir décrire un Web qui permet une réelle dynamique sociale à la base, qui laisse des traces. Et Mybarackobama a bien réussi le pari. Croyez –vous qu’il suffit d’un simple bouton « donnez des dollars » pour ramasser des codes bancaires des internautes ? Non, il a fallu un outil qui a su nourrir une vraie adhésion, l’inscrire dans l’ensemble de la communication, non seulement d’Obama, mais dans toute la narration du fait politique globale. C’est cela le web 2.0 qu’il faut évaluer…

Soumis par MC Edgar (non vérifié) - le 19 décembre 2008 à 21h45

Moi je trouve simplement Carine remarquablement jolie ! D'ailleurs si elle souhaite me répondre par mail... :)

Soumis par Zorro (non vérifié) - le 09 février 2009 à 23h04

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas