Presse : comment négocier le virage vers l'information en ligne payante ?

Frédéric Kaplan

Frédéric Kaplan

Spécialiste des nouvelles interfaces, chercheur à l’EPFL et fondateur de la société OZWE

OZWE

En savoir plus sur l'auteur

07 avril 2010 1 commentaire

Plusieurs quotidiens s'apprêtent à faire un choix stratégique risqué : rendre leur contenu payant sur le web. Ce virage est-il prématuré ou permettra-t-il des intégrations innovantes entre les formats papiers et numériques ?

Par Frédéric Kaplan, spécialiste des nouvelles interfaces, chercheur à l’EPFL et fondateur de la société OZWE.
Le Monde a annoncé que la consultation des articles sur son site allait devenir progressivement payante. Jusqu’à présent, les internautes pouvaient consulter librement les articles du jour. Le Monde propose maintenant un abonnement - d’abord à 20 puis à 30 euros - qui inclut le quotidien papier et l’accès aux informations sur le web, sur iPhone et iPad.  Certains contenus spécifiquement produits pour Internet resteront gratuits. Le quotidien français n’est pas le seul à effectuer cette transition. Dès Juin, le Times s’apprête à devenir entièrement payant en proposant des abonnements à 1 livre par jour ou 2 livres par semaines. La plupart des autres grands quotidiens de langue anglaise semblent aujourd’hui effectuer le même virage vers le payant. A posteriori, il n’est pas surprenant que les encarts publicitaires peu attractifs des sites, toujours perçus comme des nuisances à la lecture, n’aient pas apporté aux éditeurs les revenus attendus. Mais avec l’arrivée des nouvelles interfaces de lecture, et en particulier des tablettes multitouch, cette situation va peut-être évoluer.
Un virage prématuré ?
L’expérience de la lecture digitale est susceptible de se métamorphoser pour devenir enfin conviviale et plaisante : un argument qui peut soutenir l’idée de faire maintenant payer ces contenus. Mais c’est sous-estimer deux facteurs. D’abord, le visage de la publicité sur ces nouveaux supports va radicalement se différencier de la pauvreté des "bannières" web pour se rapprocher de celle de la qualité des magazines, offrant en plus des possibilités nouvelles d’interactivité et d’animation. Si l’audience est au rendez-vous, les annonceurs pourraient donc eux aussi revenir. Ensuite ceux qui sauront attirer le maximum de lecteurs vers ces nouvelles interfaces pourront profiter d’un nouveau minerai précieux : les "reading analytics", des informations précises sur nos comportement de lecture. Savoir où et comment nous lisons pourrait demain valoir de l’or.
Intégrer plus fortement le papier et le digital
En réduisant son offre gratuite, Le Monde prend donc un risque. Pour réussir son pari d’un abonnement payant papier + numérique, il serait pertinent qu’il mise sur une intégration beaucoup plus forte de ces multiples expériences de lecture. Plutôt que de proposer simplement ses contenus sur de multiple interface de lecture, il serait intéressant que le quotidien papier commence à inventer ce qui pourrait être une lecture mixte papier + digitale, utilisant les multiples ponts que l’on peut maintenant envisager entre ces deux interfaces. Ils pourraient ainsi proposer non seulement des augmentations multimédia (vidéo, son, etc.) mais aussi de véritables "applications" interactives prenant le papier comme support pour explorer les potentiels encore largement inexplorés de la lecture participative ou des infographies interactive connectées. C’est à ce prix qu’un abonnement qui lie papier et numérique pourrait offrir une véritable valeur supplémentaire.

Haut de page

1 Commentaire

Petite précision, l'abonnement pour "Le Monde" est de 20 à 30 euros/mois. Soit 240 à 360€ par an ! Beaucoup trop cher !!

Soumis par ULMER (non vérifié) - le 08 avril 2010 à 22h23

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas