La révolution foodtech est à nos portes !

20 octobre 2015 1 commentaire
La révolution foodtech

Les 3 et 4 octobre dernier à San Francisco s'est tenue la première conférence internationale du « good food innovation » - le Bon Appetech. Plus de 80 startups, venues du monde entier, y ont exposé leurs projets et partagé leur expérience de la « food disruption ».

A San Francisco, la « food disruption » est devenue un véritable motto pour des centaines de startups. Et pour cause, de nouveaux acteurs se créent chaque semaine avec l'ambition et des solutions pour réinventer ce et comment nous mangerons demain.

L’explosion des startups food

S'il vous manquait des preuves que les startups sont en train de révolutionner la chaîne de valeur de l'alimentation, en voici quelques-unes :

Créé il y a moins de 2 ans, Munchery livre déjà près de 15000 personnes chaque jour en repas de qualité restaurant, prêts à réchauffer, avec plus de 700 livreurs et une gigantesque cuisine de 7000 m² en cours de construction. Cette startup a déjà levé plus de 185 millions de dollars en 18 mois.

Amazon multiplie les expériences de livraison alternative : alcools en moins de 2 heures, paniers fermiers depuis des fermes de proximité, et depuis quelques semaines, une nouvelle offre de livraison express "Flex" en réponse à UberEats, qui mobilise des contractuels à la demande pour livrer des sandwiches en moins de 15 minutes.

Cet été, Impossible Foods, une startup développant des steaks hachés sans viande, encore au stade de prototype, aurait refusé une proposition d’achat par Google estimée à 300M$

HelloFresh a, elle, levé 75M€ fin septembre en complément des 193M$ déjà levés depuis 2012. Cette startup, qui annonce livrer 4 millions de repas par mois dans 7 pays, est valorisée à 2,6M€. Elle rejoint ainsi FoodPanda dans le top 4 des "eurocorns", et permet à Rocket Internet, actionnaire de ces deux startups de livraison de repas à domicile, d’être leader mondial de cette activité.

En septembre, Izettle, plateforme technologique suédoise de gestion de points de vente de restauration, a levé 67M$ pour développer un système de financement dédié aux restaurants. Avec 175M$ de fonds levés et une valorisation supérieure à 500M$, elle entre dans le Top 3 des startups fintech européennes.

La Chine fait aussi l’objet d’une frénésie d’investissement food sans équivalent : sur le seul mois de septembre, Ele.me, qui emploie déjà plus de 10.000 personnes pour livrer des repas à domicile, a levé 630M$ et est valorisé plus de 3Md$ quand Jiuxian a levé 80M$ pour étendre sa marketplace de livraison d’alcool. 

La FoodTech est donc devenue en quelques mois un sujet d'investissement majeur : selon les analyses de 33entrepreneurs, plus de 7 milliards de $ ont été levés en 18 mois. Et à cela s'ajoutent les investissements en AgTech, qui d'après les chiffres les plus récents se sont élevés à 2,5Md$ sur le seul 1° semestre 2015.

Des fondements solides

Au-delà de l'excès que certains pourraient voir dans ces chiffres, il faut comprendre que ce mouvement a des fondements bien solides.

Sous l'effet de l'arrivée à maturité de nombreuses technologies, c’est tout un secteur aussi complexe et traditionnel que l'alimentation qui est bien en train de démarrer sa révolution numérique. La géolocalisation de précision en temps réel permet d'imaginer de nouvelles solutions de livraison à domicile. La datascience et les avancées en biotechnologies font émerger de nouveaux types de produits alimentaires (ImpossibleFoods, BeyondMeat, Kile Hill…), sans parler des technologies de sémantique et d'intelligence artificielle (Handpick, Alkemics, IBM Watson Food...) ou de l'internet des objets (Seb, Nomiku, OrangeChef).

De plus, l'engouement des innovateurs, et en conséquence, des investisseurs, est aiguisé par les opportunités de valorisation. Et à raison, ces nouveaux projets répondent de manière originale à un besoin essentiel : se nourrir chaque jour. Par conséquent, se simplifier les courses, avec plus de variété, de saveurs, de santé et d’économie.

San Francisco est aussi exemplaire de la combinaison d'ingrédients variés et fertiles à un entrepreneuriat food débridé : Des universités de qualité - nombre de porteurs de projets croisés sortent du MIT, de Berkeley ou de Stanford -, des investisseurs et des entrepreneurs ayant fait fortune et motivés par des projets savoureux, une culture culinaire de la variété, de la qualité et de la fraicheur, des enjeux agricoles plus cruciaux qu'ailleurs du fait du manque d’eau. A noter, l’influence de nombreux Français engagés dans des startups food locales : Munchery, IBM Watson, Handpick, etc.

Un enjeu pour la France et ses leaders agro-alimentaires

Il ne s'agit pas de prédire la fin d'un monde, ni de tourner le dos à des décennies de savoir-faire industriel. Et ne parlons pas d’une énième « uberisation" d'un secteur traditionnel. Pour autant, les champions de l'agro-alimentaire, de la restauration et de la distribution d'aujourd'hui se doivent d’accompagner le développement de ces nouveaux acteurs, modèles, produits et services.

Il ne s'agit pas non plus d'opposer ancien et nouveau monde : les industriels et les startups ; l'Europe et les USA ; le food et la tech... mais plutôt de comprendre et saisir les opportunités qu'ils peuvent s'offrir l'un à l'autre. Ces nouveaux acteurs ont besoin de conseil, de partenaires et de ressources. En échange, ils créent de l'expérience, de l'avantage technologique, de nouveaux segments de marché et de la valeur dont ont besoin les leaders actuels pour se renouveler et s’adapter. Ce sont des nouveaux modèles qui créent de la valeur et ouvrent des opportunités de business jusqu’alors inexplorées.

Ajoutons enfin que nous sommes face à un enjeu mondial : après les Américains, les Allemands, Rocket Internet et ses 2 unicorns « food » créées en moins de trois ans, ce sont désormais les Chinois qui investissent des milliards, rien que 950M$ levés sur le seul mois de septembre dans cette nouvelle économie.

La France a sa carte à jouer, il est encore temps !

Nous ne pouvons nous résoudre à rester inactifs : chez 33entrepreneurs, au-delà de détecter les champions de demain, nous sommes en train de prouver que la France peut aussi attirer des talents et des projets étrangers, à l’exemple des 7 startups étrangères actuellement en accélération dans notre plateforme de Bordeaux et qui deviendront autant d’opportunités de collaboration et d'investissement attractives.  De même, comme nous avons pu le faire ce week-end, il est possible de faire briller le savoir-faire français au cœur de la Silicon Valley.

Let’s cook the future together !

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1 Commentaire

Let’s cook the future together ! jeu de mot oh oh oh.
C'est vrai que les couleurs françaises ressemblent au couleurs américaines; à moins que cela soit l'inverse...
Tout cela montre une chose, que l'économie se resserre sur les rares et derniers secteurs porteurs comme l'alimentaire en milieu urbain. Au lieu de démocratiser l'agriculture et de répartir la richesse mondiale, nous allons vers toujours plus de dépendance.

Soumis par talucq jean (non vérifié) - le 04 novembre 2015 à 11h35

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