Les standards deviennent-ils la bureaucratie de l’informatique ?

Raymond Sclison

Raymond Sclison

Directeur technique

SSII Cosmobay-Vectis

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22 octobre 2010 Laisser un commentaire
Mots-clés : Europe

Il est un fait que normes et standards sont des outils nécessaires à notre métier. Mais leur soi-disant respect est loin d’apporter tous les bénéfices attendus. Et certains comme ceux de l'accessibilité le sont encore peu.

Par Raymond Sclison, directeur technique "Portail et Innovation web" du cabinet de conseil Solucom.

C’est vrai depuis une vingtaine d’années : normes et standards se sont beaucoup développés en informatique. Certainement plus dans le domaine du matériel que dans celui du logiciel. Dans le premier, le respect des standards ne fait pas vraiment débat et il a effectivement apporté énormément aux utilisateurs. Regardez par exemple le standard USB dont le développement a été très profitable. Dans le domaine du logiciel on aura beau arguer du fait que les choses sont moins simples, ce que l’on pourra discuter, on est loin d’observer les mêmes bénéfices. Peut-être aussi que les standards logiciels n’ont pas toujours fait preuve d’une qualité essentielle pour leur succès : le pragmatisme. Je l’ai encore observé récemment dans plusieurs domaines métiers. Les travaux de standardisation ont souvent de bonnes intentions. Mais ils sont souvent atteints d’un syndrome de perfectionnisme, d’une volonté de modéliser un univers métier sous tous ses aspects.

Pas adaptés aux réalités techniques et industrielles

Il en résulte qu'ils ne sont pas toujours adaptés aux réalités techniques et industrielles du domaine auquel ils s’appliquent. Je ne rend pas pour autant les industriels totalement innocents du retard pris dans leur adoption mais il faut reconnaître qu’il semble parfois que les travaux sont plus dictés par la volonté d’aboutir à un consensus que par la nécessité d’aboutir à des avancées concrètes. Le représentant le plus emblématique de ce mouvement est probablement l’utilisation massive du langage XML dans les travaux de standardisation. Je ne conteste pas les apports d’XML pour faire progresser ces travaux. Le quasi dictat qu’il exerce en revanche en termes de représentation est plus discutable. Car son utilisation dans les logiciels, dans les protocoles, nécessite une mobilisation de ressources machines qui n’est pas sans soulever des difficultés dans des domaines manipulant des volumes de données importants. Il en est de même pour un de ses contemporain : le "protocole" SOAP qui est souvent utilisé à tort et à travers.

Raisonner en termes de bénéfices attendus

Je me dois en revanche d’apporter mon soutien aux standards d’accessiblité numérique qui apportent un bénéfice évident aux personnes handicapées. Mais concentrent également des bonnes pratiques de codage qui améliorent la qualité des développements. Malgré les textes de loi en vigueur, leur adoption peine à s’imposer y compris dans l’administration. Alors que peut-on souhaiter pour que les standards apportent de véritables et surtout de rapides progrès ? A mon sens leur élaboration se doit en premier lieu de raisonner en termes de bénéfices attendus et non comme souvent de modélisation universelle. Je pense aussi qu'ils doivent être évalués dans leur utilisation réelle. Enfin je pense que l’utilisation d’un standard ne devrait pas être une fin en soi et qu’en tout cas, contrairement à des idées trop répandues, son adoption est rarement une garantie d’interopérabilité et de succès.

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