Tentative toute subjective de définition de la télévision

François Seligmann

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Directeur de projets

Orange France

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27 septembre 2007 Laisser un commentaire
Mots-clés : Europe

"Dépassé, passif", le petit écran est dans certains cercles branchés l'objet aujourd'hui de nombreuses critiques. Les uns prédisent sa fin prochaine. Les autres sa marginalisation devant Internet...

Par François Seligmann, directeur de projets chez Orange France
"Dépassé, passif", le petit écran est dans certains cercles branchés l'objet aujourd’hui de nombreuses critiques. Les uns prédisent sa fin prochaine. Les autres sa marginalisation devant Internet.

  

Accéder à l'information depuis un ordinateur, un mobile ou un assistant personnel. Il n'y en a plus que pour cela. La télévision est has been, et pourtant... elle émet. Elle capte même l’attention comme jamais - plus de trois heures trente par jour et par individu de plus de 15 ans en France. Et les canaux sont de plus en plus nombreux : presque une centaine de chaînes de télévision sont aujourd’hui conventionnées par l’instance de régulation du secteur. Banalisée (la regarder sur son PC ou sur un téléphone mobile ne paraît même plus innovant), la TV ne fait plus l’objet de livres et de débats comme aux belles heures de sa dérégulation. Finalement, son impact social aura rarement été analysé. Sa définition faiblement entreprise. Elle est "chewing gum des yeux" pour Armand Mattelard. Jean Luc Godard va plus loin : "le cinéma fabrique de la mémoire, la télévision de l’oubli".
 
Pas de média disparu
 
Jean Thévenot, cependant, prédisait en 1946 que "la télévision s’adressera, avec les moyens de la radio, à un public qui attendra d’elle l’équivalent du cinéma". On sait que la naissance d’un média ou d’une prétendue nouvelle technologie n'ont pratiquement jamais supprimé ceux préexistants. Chaque média ne fait que se « surajouter » aux autres en complétant ou diversifiant son usage. Y aurait-il eu l’e-mail sans le courrier postal ? Le Blackberry sans le courriel ? L’usage social est donc déterminant. Alors, il faudra bien un jour réfléchir à cette étrange lucarne, ne serait-ce que pour mieux déceler son futur. Certains disent, à l’image de saint Thomas, ne croire que ce qu'ils voient. Mais la télévision a eu cette force de nous faire voir ce que l’on croyait, de conforter nos présupposés. Média par essence conservateur, il nous conforterait dans nos présupposés.  
 
Projection et séduction
Certes, la logique du flux continu propre à la télévision moderne contribue, par son foisonnement, à l’oubli. Elle repose - au moins dans la logique des télévisions financées par la publicité - sur des programmes les moins discriminants possibles pour attirer des audiences toujours plus larges. Il faut séduire tous les âges et tous les publics. Plaire et séduire pour maintenir devant l’écran - mobile, alimenté par ADSL ou ondes hertziennes - les spectateurs et leur donner envie de revenir. Une double logique crée donc cette attraction pour le petit écran. D’un côté, une projection, pas nécessairement consciente des téléspectateurs vers ce qu’ils regardent et pour celui qui a franchi l’écran - vivant ainsi son quart d’heure warohlien - et de l’autre une séduction manifeste et étudiée des programmes pour attirer et fidéliser. C’est dans cette relation, qui fait irrésistiblement penser aux aimants, que peut être envisagée une amorce de définition de la télévision.

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