La vidéo en entreprise est-elle subversive ?

Pierre Chapignac

Pierre Chapignac

Analyste des impacts sociétaux des nouvelles technologies

Cabinet Rivière Consult Associés

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08 octobre 2007 Laisser un commentaire

C'est la fièvre de l'image, c'est la salsa de la vidéo. Mais au-delà de la gesticulation, la puissance du phénomène pourrait soumettre les entreprises à de rudes épreuves d'adaptation.

Par Pierre Chapignac, analyste des impacts sociétaux des nouvelles technologies au cabinet Rivière Consult Associés.
 
Le flux vidéo avec sa capacité à faire voir du "vivant" et la puissance de son impact, est un outil de construction et de consolidation des communautés professionnelles. L’image est aussi un support concret, opérationnel et rapide pour des échanges professionnels et des prises de décision. Grâce au net, la vidéo devient un outil de capitalisation, de transmission et de partage des connaissances. De plus, la nature et le format des contenus possibles en vidéo permettent d’explorer d’autres domaines de connaissance qui jusqu’alors restaient dans le champ de la transmission informelle. C’est le cas par exemple de certains savoir-faire manuels très sophistiqués qui ne peuvent être mémorisés que par la vidéo. On pourrait sans doute poursuivre l’inventaire et trouver d’autres impacts concernant soit l’aspect communautaire soit celui de la capitalisation, de la transmission et du partage des connaissances. Comment l’entreprise contemporaine va-t-elle supporter cela ? L’exploitation optimale des flux vidéo, comme tous les flux immatériels, suppose une dynamique de bottom up.
 
L'effondrement des barrières est inéluctable
 
D'un côté, la communication à la « PRAVDA » qui assèche très rapidement les potentiels au sein des entreprises ; chaque nouveau média devient alors une machine à DIMRE (Discours Institutionnel Morne à Rendement Epsilonien). De l'autre, la libération de l’expression pour optimiser la contribution des flux immatériels qui implique une perte de contrôle par le système hiérarchique. Chaque avancée du net a posé ce genre de problème et chacun d’entre nous a connu un cas d’interdiction des mails, de censure de l’accès au web, etc. Cela aboutit toujours à l’effondrement des barrières. Mais la densité du sens que la vidéo est capable de transmettre ne risque-t-elle pas de soumettre l’armature des entreprises à des pressions trop fortes ? Autrement dit, le risque n’est-il pas que l’impact de la vidéo aille au-delà des seuils de tolérance (remise en causes des hiérarchies de différentes natures et des compétences, perturbation des chaînes de décision, etc.) ?
 
Transformer les flux en armes pour l'entreprise
C’est un peu l’histoire du moteur neuf et puissant que l’on monte sur un vieux châssis. En général c’est le châssis qui casse. In fine, nous avons un antagonisme latent entre un fonctionnement en réseau avec ses logiques horizontales de partage et d’échanges et la matrice centralisatrice qui est au cœur même de chaque entreprise. La déferlante de la vidéo sur l’entreprise va faire monter d’un cran la tension. La question opérationnelle est : comment fait-on évoluer l’entreprise pour lui permettre d’absorber sans déstabilisation majeure les nouveaux flux et d’en faire une arme ? On peut sans doute puiser des idées dans des notions comme celle d’entreprise 2.0. Mais, nous savons que les évolutions ne se font jamais par la tabula rasa. Il reste donc à inventer le chemin concret qui permettra à chaque entreprise de franchir l’obstacle.
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