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Les décideurs doivent-ils maîtriser les technologies pour innover ?

Le goût des responsables pour les nouveaux outils influence le degré d'innovation dans une entreprise. Mais plus que leur aptitude à les maîtriser, il semble que cela se joue plutôt dans leur capacité d'écoute - des enjeux des technologies et de leurs collaborateurs.

cerveau créatif

La capacité d'innovation d'une entreprise tient notamment à la culture interne de celle-ci et à l'appétence de ses responsables pour les nouveaux outils et tendances. Pour ne pas ni refuser ni absorber sans recul critique toutes les innovations au goût du jour, il est en effet plutôt conseillé de disposer déjà d'un bagage en la matière, et d'un intérêt pour le secteur. En matière d'outils de communication, des chercheurs australo-américains rappelaient ainsi récemment que certaines caractéristiques organisationnelles, managériales et environnementales influençaient le taux d'adoption de Twitter par une entreprise. Cela signifie t-il pour autant que les responsables doivent être au fait et maîtriser les outils et les technologies ?

Comprendre, pas forcément utiliser

Pour Anthony Poncier, EMEA Social Business Director pour Publicis Consultants Net Intelligenz, qui réagissait récemment sur la mise en place d'une formation technologique dédiée aux décideurs à l'université de Louvain, l'important n'est pas tant de maîtriser les outils mais d'en comprendre les enjeux. Une utilisation peut en faciliter cette compréhension, mais pas forcément. Une veille et une réflexion sur le sujet, par contre, semblent nécessaires. Et heureusement que les compétences techniques ne font pas l'innovation : une étude commanditée par CEO.com, rappelait récemment que les PDG des grandes entreprises ne semblent pas encore prêts à passer le pas des médias sociaux et à utiliser des sites comme Facebook, Twitter, LinkedIn... En plus de la crainte et du manque de temps, l'un des arguments fournis par est le manque de connaissance et l'impression d'avoir passé l'âge de les utiliser.

Parvenir à communiquer

Un exemple parlant mais partiel : l'ensemble du management et des collaborateurs influencent eux aussi la culture de l'entreprise et la capacité à innover. Le plus important restant dans la capacité et la possibilité de pouvoir transmettre ses idées, et via quels outils. Mais là encore, les dissensions existent : selon Deloitte, si plus de 40% des dirigeants interrogés dans l'une de leurs études estiment que les outils sociaux permettent de construire et maintenir une culture commune au sein de l'entreprise, seuls deux collaborateurs sur dix le pensent. D'où la nécessité de ne pas se reposer uniquement sur les solutions technologiques pour faire passer des idées qui, elles, peuvent concerner ces outils.

L'emplacement et l'âge de l'équipe, déterminants dans l'adoption de Twitter ?

Par 31 août 2012
Twitter

Certains critères comme le degré d'innovation d'une entreprise, l'âge de ses managers et son emplacement géographique influencent plus ou moins positivement la capacité à utiliser Twitter pour sa communication ou sa relation client.

L'activité de l'entreprise peut déterminer sa présence ou non sur Twitter, de même que l'appétence technologique de ses managers. Dans une étude, Samuel Fosso Wamba, de l’université de Wollongong en Australie et Lemuria Carter, de l’Université d’agriculture de Caroline du Nord, ont cherché à déterminer le nombre maximal de caractéristiques qui peuvent expliquer une plus ou moins grande présence sur le site de microblogging du côté des PME. Ils se sont plus particulièrement intéressés au poids des caractéristiques organisationnelles, managériales et environnementales dans l'adoption du site. Etude qui leur a permis de confirmer que le niveau d'innovation de l'entreprise, l'âge du responsable et l'emplacement géographique pouvaient être définitivement considérés comme déterminants. Pour mener leur étude, ils ont exploré le profil de 453 PME installées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et en Inde.

L'ouverture à l'innovation, l'âge et la localisation

Ils sont partis de plusieurs postulats pouvant expliquer la bienveillance face à Twitter (l'ouverture de l'entreprise à la nouveauté, la taille de l'entreprise, le sexe, l'âge et le niveau d'étude des managers, le secteur d'activité de l'entreprise, sa localisation, etc.). Après avoir recoupé l'ensemble de leurs informations, ils ont pu constater que si certains sont des évidences, d'autres critères, qui expliquent parfois l'adoption d'une technologie dans une entreprise de plus grande taille, ne s'appliquent pas forcément à celles de taille plus modeste. Clairement, ils ont confirmé que plus l’entreprise, quelle que soit sa taille, est ouverte aux nouvelles idées, plus elle est encline à les utiliser. En général ces organisations préconisent la mise en œuvre des avancées technologiques pour améliorer l'efficacité et réduire les coûts. Côté âge, côté PME, ce sont les entreprises dont les responsables sont jeunes qui passent plus aisément le cap de Twitter. Notamment parce que, sans grande surprise, ce sont souvent des individus déjà très familiarisés avec la technologie.

Des critères sans importance

Enfin, l’emplacement géographique n'est pas négligeable non plus. L’étude fait état que les entreprises en milieux urbains suivent plus les tweets que celles installées en milieu rural. Par contre, sans grande surprise, la taille de l'entreprise n'influence pas sur l'envie d'utiliser le site. Dans le cadre strict de leur recherche, autant de très petites que de moyennes entreprises se sont montrées clientes du site social. Le genre et le niveau d'étude des responsables n'a pas non plus d'impact, pas plus que, plus étonnant, le secteur d'activité de la société. A noter que, rappellent les chercheurs, pour stimuler l'innovation et la capacité à absorber la nouveauté, les entreprises auraient du coup tout intérêt à mettre en place des équipes managériales d'âges différents. Autre suggestion : promouvoir le capital social au sein de leurs organisations. "Resserrer les liens sociaux peuvent aider à améliorer la circulation des connaissances et des idées au sein de l'organisation", conclut ainsi Samuel Fosso Wamba dans son rapport.

 

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