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L'entreprise doit redessiner son lieu de travail

Notre environnement de travail actuel a près de trois décennies et n'est plus adapté aux nouveaux modes de travail amenés par la digitalisation. Aujourd'hui, l'entreprise doit devenir un lieu collaboratif, flexible qui facilite la circulation de l'information. Une opportunité spatiale à saisir pour les firmes.

open space

Le digital a bouleversé le monde des organisations et les modes de travail. Cette dématérialisation permet aux salariés de travailler de n'importe où, n'importe quand, entraînant un déplacement du lieu de travail depuis les locaux de l'entreprise vers l'employé lui-même. En effet, le phénomène du télétravail gagne de l'importance selon une étude menée par l'Institut Corenet, tout comme celui du co-working qui voit de nombreuses initiatives se développer. Un révélateur? Ces nouveaux modes de travail seraient-il une façon de montrer que les espaces de travail d'aujourd'hui ne sont plus adaptés aux besoins des salariés? Selon une étude de Citrix, 28% des salariés interrogées souhaiteraient des espaces pour s'isoler, tandis que 35 % plébisciteraient des espaces de détente et 22 % aimeraient plus d'espaces pour se réunir de manière improvisée.

L'espace de travail de demain?

La finalité des espaces de travail serait donc en train de subir une mutation. L'ère de la disposition des bureaux suivant l'organigramme au sein des organisations est dépassé. Le digital pousse ainsi les entreprises à repenser les environnements de travail sous une forme moins formelle et plus collaborative. Mais surtout, l'aménagement doit favoriser la circulation et la fluidité et doit être modulable pour s'adapter à toutes les situations. De nouvelles formes de disposition voient le jour comme les "we space", un lieu où peuvent se retrouver des personnes pour échanger. Les salariés n'ont plus besoin de se trouver entre les murs pour travailler. La finalité de l'espace de travail de demain, c'est d'être connecté, quel que soit l'endroit.

Bien-être pour favoriser la créativité

En France, nous sommes au début de la révolution des modèles d'organisation. Mais aujourd'hui, le frein majeur en dehors du frein managérial, c'est le niveau de dématérialisation qui permettrait d'aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite dans l'évolution des organisations. Il faut tenir compte des besoins de circulation, d'activités, de réalisations des tâches. Mais il faut aussi respecter le rythme de changement que l'humain est capable de supporter pour que toutes les parties restent gagnantes. Selon Citrix, une disposition plus flexible apporterait des bénéfices pour les salariés et favoriserait la créativité. Mais l'un des principaux atouts reste l'importance accordée par les employés à leur cadre de vie professionnel.

"La finalité de l'espace de travail de demain, c'est d'être connecté"

Par 18 septembre 2012 1 commentaire
Nicole Turbé-Suetens

Le digital nécessite de repenser nos environnements de travail sous une forme moins formelle et plus collaborative. Des "we space" où prime la possibilité de rencontre, quand elle est nécessaire.

Interview de Nicole Turbé-Suetens, Expert international chez Distance Expert, rencontrée à l'occasion de la conférence du Club DéciDRH : Quelles stratégies adopter en matière de digital", organisée en partenariat avec L'Atelier.

L'Atelier : De quelles façons le digital va-t-il transformer les comportements dans le monde de l'entreprise et les espaces de travail?

Nicole Turbé-Suetens : Le digital, et surtout la dématérialisation qui est rendue possible grâce au digital, a déjà commencé à bouleverser le monde des organisations (privées et publiques) du fait même qu'avec un matériel plutôt léger on peut travailler n'importe où à partir du moment où l'on est connecté. Aujourd'hui c'est déjà la capacité à se connecter qui est devenue plus importante que le lieu de travail pour de nombreux métiers. La finalité de l'espace de travail change. Dans un nombre grandissant de cas, nous ne sommes plus obligés d'aller dans l'entreprise pour travailler. Et lorsque nous y allons, c'est souvent pour faire des choses précises qui demandent un aménagement ad hoc; ou pour voir des gens. Et ces personnes n'ont pas besoin d'être à un endroit fixe dans l'entreprise. Il est nécessaire de pouvoir réserver à distance le type d'espace dont on a besoin pour se retrouver avec les autres ou tout simplement de profiter d'un « we space ».

Le "we space" est-il la représentation pour vous de l'espace de travail de demain?

Pour moi, le "we space" représente des lieux de collaboration informelle où l'on se retrouve avec les personnes avec qui on a besoin ou envie d'échanger à un moment donné. Un exemple concret est ce lounge du siège Evergreen du Crédit Agricole à Montrouge. A l'avenir, il y aura donc « des » espaces de travail et non pas un espace de travail type. La nature de ces espaces et leur nombre dépendra des activités qui doivent être exécutées, du niveau de flexibilité qui est accepté, de l'état d'avancement de la dématérialisation pour les processus où c'est possible, et tout simplement de l'impulsion donnée par les dirigeants lorsqu'ils auront compris que les vieilles méthodes de management par le contrôle sont totalement dépassées.
Aujourd'hui, le frein majeur est le niveau de dématérialisation, en dehors du frein managérial, pour aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite dans l'évolution des organisations. L'organisation des bureaux n'est que le reflet de l'organisation hiérarchique de l'entreprise. Cela ne tient pas compte des besoins de circulation, d'activités, de réalisations des tâches et ne parlons pas d'affinités des personnes.

Faut-il du coup envisager les entreprises comme de grands campus ?

C'est une solution et il y en a probablement d'autres qui émergeront. Même un campus peut être aménagé de façon traditionnelle si l'on n'a pas compris que l'esprit même d'un campus c'est « la circulation et la fluidité ». Si l'on retourne à l'origine qui sont les campus universitaires de style californien, l'idée est bien que l'on puisse choisir le lieu où l'on va s'installer pour travailler pour réunir les meilleures conditions possible par rapport à sa propre façon de travailler et aux besoins que l'on a à un moment donné. Puis, il y a les lieux fixes à l'intérieur du campus où l'on se retrouve pour des activités bien définies, comme un amphi, mais où l'on s'installe ou l'on veut en fonction des affinités du moment ou de l'importance que représente ce cours en particulier. C'est la manière dont est organisé le campus Atos à Bezons.

Comment parvenir à basculer vers ce système "collaboratif" qui permet à la création de s'épanouir?

Nous sommes en France au début de la révolution des modèles d'organisation et il nous faut respecter le rythme de changement que l'humain est capable de supporter pour que toutes les parties restent gagnantes. En effet, il y a une très grande différence entre la capacité à avoir un regard prospectif sur l'évolution du monde du travail et la capacité humaine à supporter un certain niveau de changement, de transformation et d'adaptation et surtout d'appropriation d'usages. Mais, il n'y aura pas de retour arrière car les populations qui sont actuellement actives dans le monde du travail n'ont plus rien de comparable avec celles d'il y a 20 ou 30 ans alors que nous vivons encore dans les modèles d'aménagement qui datent de cette période.

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1 Commentaire

l'impulsion vers le collaboratif et le 2.0 ne peut venir que du haut, sinon les pesanteurs sociologiques bloquent pertout: management, RH... Alors que les collaborateurs sont, eux, très souvent fortement partants !

Soumis par dArnaud e Lagrange (non vérifié) - le 24 septembre 2012 à 11h59

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