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Le financement des start-up de plus en plus hétérogène

Les jeunes pousses ont besoin d'accompagnement, méthodologique et financier. Ca tombe bien, les structures dédiées se multiplient. D'autres acteurs apparaissent, comme les grands groupes, même s'ils suscitent encore des réserves.

start-up

Pour prendre leur essor, les jeunes pousses ont besoin de financement. Pour cela elles doivent aller chercher des investisseurs. Parmi ces derniers, de nouveaux acteurs commencent à s'installer dans le panorama : les grands groupes. Ces derniers sont souvent à la recherche d'innovations afin de gagner des parts de marché et de faire évoluer leur modèle d'affaire. Et représentent un moyen pour les start-up d'espérer des fonds mais aussi de bénéficier d'un tremplin pour valider leurs idées, leur viabilité et bien sûr accéder plus rapidement et plus efficacement au marché. Mais si l'idée est séduisante, le chemin reste long avant de parvenir à un tel écosystème. Pour les jeunes entreprises, il y a la crainte du non respect de la propriété intellectuelle. Le manque d'autonomie peut aussi susciter des réserves. Côté grands groupes, là aussi le constat reste mitigé. Ainsi, ils sont encore nombreux à voir en ces jeunes pousses non pas le moyen de multiplier ses expertises mais des concurrents. D'autres ont peur d'un déséquilibre dans la relation.

Les incubateurs sont de plus en plus nombreux

La multiplication de concours ouverts aux projets externes, de partenariats d'ordre technologique ou de développement de produits et services pour la marque devrait cependant atténuer peu à peu ces craintes. C'est également avec l'objectif de créer un tissu d'entreprises innovantes que des incubateurs, accélérateurs et fonds d'amorçage se multiplient un peu partout, pour aider les compagnies aux différents stades de leur développement. Toujours dans le but de créer des entités viables et capables d'intégrer efficacement le marché, des partenariats se mettent alors en place avec des professionnels. Cela afin de proposer un accompagnement et un suivi des jeunes pousses. C'est également le moment où ces entreprises ont besoin de financement et d'un réseau pour aller les chercher.  Les incubateurs les aident ainsi notamment à trouver l'expertise nécessaire à leur réussite en créant des communautés.

"Les grandes entreprises ont tout à gagner à collaborer avec les incubateurs"

Par 30 mars 2011
Mots-clés : Smart city, Europe
poignée de mains

L'émergence de partenariats entre centres dédiés au développement de jeunes pousses et sociétés de grande taille représente la promesse de création de valeur importante.

Entretien avec Philippe Vanrie, PDG de l'European Business & Innovation Centre Network (EBN), et rencontré lors du salon Innovact, qui se tient jusqu'à aujourd'hui à Reims.

L'incubation s'impose de plus en plus comme un modèle d'innovation. Est-ce que les entreprises privées y sont sensibles ?

Oui, mais souvent les grands groupes ne savent pas trop où ils veulent aller. Certains ont lancé des projets que l'on pourrait qualifier d'incubateurs corporates. A l'image de Shell, avec Game Changer, un incubateur en ligne qui propose à ses salariés et partenaires de déposer un projet qui sera soumis à une communauté. D'autres ont arrêté, comme Cisco, avant de recommencer, mais avec une orientation légèrement différente. Le groupe a en effet investi largement dans le British Innovation Gateway. L'initiative bénéficie aussi de fonds publics. Mais l'influence de Cisco fera que ce dernier aura la priorité sur les start-up incubées.

Il y a aussi celles qui le font de manière indirecte. Comme une certaine entreprise spécialisée dans la grande distribution, qui part identifier dans les incubateurs les projets les plus prometteurs et qui travaillent sur des briques qui pourraient lui être utiles, comme la géolocalisation. Une fois les initiatives identifiées, le groupe peut proposer des partenariats, des prises de participation. Je dirais qu'il s'agit d'une démarche infiltrante.

Il y a donc une recherche de l'innovation vers l'extérieur, et plus particulièrement vers là où elle est réputée résider : les incubateurs.

Oui. De toute façon, je crois que ce n'est pas l'objectif d'une grosse entreprise de devenir un incubateur. L'avenir se trouve plutôt dans la collaboration directe entre incubateurs et grands groupes. Ces derniers pourront en effet bénéficier du portefeuille de start-up et de talents dont bénéficient les premiers. Et les incubateurs profiteront eux du portefeuille d'innovations technologiques des grandes structures. Un exemple parlant est celui de BASF à Ludwigshafen. Le groupe et la ville ont créé un incubateur conjoint pour faire émerger des spin off des collaborateurs et de les relocaliser dans la région. Le deuxième objectif est de susciter aussi des spin in, soit de faire venir des sociétés qui n'ont à l'origine aucun rapport avec BASF. Il y a une véritable opportunité pour les incubateurs de travailler sans tabous avec des groupes pour créer de la valeur qui bénéficiera à tous, entreprises, région, citoyens.

Mais n'est-il pas plus facile pour une entreprise de garder ses innovations en interne ?

Peut-être, mais il est très difficile de protéger son savoir faire. Ce que vous faites n'est innovant que pendant un court moment. Accepter de parler avec l'extérieur, d'aider à la concrétisation de projets nouveaux représente un risque mais surtout une opportunité. Les grands groupes ont tout à gagner à faire affaire avec des jeunes pousses, et pas à les absorber. Je dirais que comme partout, il s'agit du bon contact, au bon moment, au bon endroit. Si une grande entreprise a éparpillé ses pions, elle en tirera des bénéfices. Comme du relationnel de qualité, des opportunités d'améliorer ses processus.

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