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Les outils d’autodiagnostic sont-ils synonymes de démocratisation des soins ?

Les solutions s’accumulent pour permettre à tout un chacun d’effectuer un diagnostic précis sans professionnels de santé. Mais ces outils peuvent-ils réellement se passer des médecins ?

autodiagnostic

Avec les dernières avancées dans le domaine, les patients ne semblent plus avoir besoin des médecins pour connaître leur état de santé. Pathologies oculaires, otites, fièvres, maladies sexuellement transmissibles… les outils semblent vouloir tout détecter. Malgré tout, ces dispositifs inquiètent les patients comme les professionnels vis-à-vis de leur sécurité et de leur fiabilité. En définitive, une étude de Harvard souligne à quel point – loin de faciliter la démocratisation de la santé – les outils d’autodiagnostic ne serait utiles que dans le cadre des consultations chez le médecin.

Outils d'autodiagnostic médical : utiles uniquement pour les consultations !

Par 13 juillet 2015 3 commentaires
health check

Si les analyseurs de symptômes à des fins de diagnostic semblent se multiplier en ligne, notamment aux États-Unis, leur pertinence ne résiderait que dans la prise de décision quant à la consultation ou non chez le médecin.

Que ce soit la Mayo Clinic, WebMD et leurs équivalents francophones e-santé.fr, docteurclic, vulgaris-medical..., nombreux sont les acteurs de l’écosystème médical à proposer en ligne des outils et logiciels permettant d’analyser les symptômes des individus lambdas pour en retirer de possibles diagnostics médicaux. Ceux-ci fonctionnent généralement de manière identique : l’internaute indique ses symptômes en précisant la partie du corps humain touchée et le type de sensation éprouvée, tout cela en fonction de l’âge et du sexe, et le logiciel donne une liste de maladies possibles.

Si l'on peut se poser des questions quant à la précision de ces outils, surtout au vu des différentes études mettant en lumière les dangers de l'autodiagnostic via la recherche en ligne, des chercheurs de Harvard ont dévoilé dans une étude que ceux-ci aurait un potentiel intéressant concernant le choix ou non de se rendre chez le médecin. Plus précisément, si l'étude montre que la majorité des diagnostics proposés par ces logiciels sont généralement faux, ils agiraient pourtant de la même manière que le « triage »téléphonique opéré par les centrales d’appel des hôpitaux et des cabinets médicaux. En d’autres termes, « ces outils peuvent être utiles aux patients se posant la question d’une consultation en urgence ou non, mais les utilisateurs se doivent d’être prudents et ne pas prendre les diagnostics de ces analyseurs pour parole d’évangile » explique Ateev Mehrotra, co-auteur de l’étude.

 

 

Plus précisément, les chercheurs de la Harvard Medical School, proposant elle-même ce type d’outil, ont étudié 23 de ces logiciels d’analyse de symptômes, et ont pu constater que leurs diagnostics n'étaient bons que dans 34 % des cas. Toutefois, leurs recommandations quant à la nécessité de consulter ou non se sont révélées correctes dans 58 % de cas pour des maladies bénines et à 80 % pour des urgences médicales. Pour Hannah Semigran, autre auteure de cette étude, ces résultats sont importants car « ces outils ne sont pas près de disparaître, ils sont la première génération de nouvelles technologies qui permettront aux patients de recevoir les soins dont ils ont besoin. Il faut donc suivre leur évolution pour voir s’ils atteignent leur potentiel optimal ».

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3 Commentaires

Tout à fait d'accord avec le contenu de ce message, mais je pense que les dispositifs qui auront démontré leur fiabilité auront dans un futur proche une fonction plus étendue avec un suivi à domicile des patients. Le Médecin pourra recueillir au travers de plateformes e.santé les données du patient. Il aura donc la possibilité entre 2 visites de visualiser l'évolution du patient ou recevoir des seuils d'alerte permettant de faire intervenir un aide soignant ou provoquer une consultation anticipée.

Soumis par Aminogram (non vérifié) - le 15 juillet 2015 à 09h02

Vous avez parfaitement raison. Nous avons réalisé un Benchmark des Symptom Checker existants à notre connaissance dans le monde. Tant qu'il reste dans le déclaratif du patient ou de l'internaute, ils ne peuvent aller au delà de simples pré-diagnostics ou conseils. Par contre je suis interpellé et très étonné par le taux d'efficacité des diagnostics... seulement 34 %... !!!
Medical Intelligence Service, notre société, a son propre outil de diagnostic et, récemment, lors d'un test comparatif aux urgences d'un grand hôpital parisien, le taux de congruence avec les diagnostics réalisés sur un échantillon représentatif, par le service des urgences de l'hôpital et MEDVIR, était pour nous de 86 %...
En fait, je pense que ce genre d'outil ne peut être développé, et surtout maintenu, que par un urgentiste performant encore en activité, une équipe médicalisée de haut niveau et un comité scientifique opérationnel.
Comme le dit "Aminogram", le médecin recueillant les données du patient ou les observations complémentaires au déclaratif réalisées par les PARM ou les IAO et s'appuyant sur le compte rendu automatisé, peut visualiser la situation ou l'évolution du patient et prendre des décisions justes d'intervention. Ces moyens, à condition qu'ils soient performants, peuvent aider à désengorger les urgences ou aider au triage réalisés par des centres de contacts multimedi@ médicalisés. Nombreuses sont ensuite les actions possibles à partir d'un outil aussi global dans de nombreux domaines de la prévention, le suivi thérapeutique et demain la lutte contre la désertification médicale. Mais LA, à un endroit de la chaîne décisionnelle, il y a un médecin qui préformera toutes ces analyses !

Soumis par FRAIN (non vérifié) - le 15 juillet 2015 à 15h02

En complément du message précédent, trois remarques :
1. Il ne faut pas mettre dans le même panier les symptom checkers type webmd ou docteurclic qui sont de la simple compilations statistiques avec les systèmes experts type e-santé ou drwatson qui reposent sur un raisonnement de type médical et de l'intelligence artificielle.
2. Les médecins font eux aussi des erreurs. Face a la batterie de test, quel pourcentage de médecins se serait également trompé ? Les études en particulier dans l'univers du médicament se font toujours en comparant le produit contre un placebo. La même rigueur nécessiterait que l'étude citée en référence compare face a des cas cliniques les conclusions de médecins réels face a chaque logiciel.
3. Dans la médecine moderne ce n'est a 90% pas le médecin qui pose le diagnostic avec certitude grâce a l'interrogatoire et a l'examen clinique, mais les examens complémentaires (biologie, imagerie, etc.). Le diagnostic envisagé suite a un interrogatoire sans examens n'est qu'un outil et pas une fin en soi. Ce qui compte c'est la décision qui est prise et la liste des examens a réaliser pour parvenir au diagnostic. Les outils d'aide a la décision permettront en effet d'optimiser la prescription. Mais on peut aussi penser qu'ils participeront d'une rue humanisation de la médecine en soulageant le médecin d'une part de la charge intellectuelle réservée au diagnostic pour qu'il puisse mieux accomplir son rôle essentiel d'écoute et d'empathie.

Soumis par Loic ETIENNE (non vérifié) - le 28 juillet 2015 à 09h29

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