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Le Quantified Self, un écosystème en train de se construire

Les outils d'automesure montrent un désir d'autonomisation de l'individu. Pour autant, les acteurs traditionnels ne doivent pas s'effacer. Mais se demander comment guider, développer les applications ou les diffuser.

Prendre son pouls

Le Quantified Self, ou le fait d'enregistrer, d'analyser et de combiner des données sur soi, commence à s'installer dans les mœurs. Cela de par, si l'on en croit l'un de ses fondateurs, Gary Wolf, la multiplication des smartphones, l'engouement pour les médias sociaux, la diminution du prix des capteurs et l'informatique dans les nuages*. Le but ? Pour certains, il s'agit d'améliorer son état de santé lorsque l'on souffre d'une maladie chronique. Pour d'autres, l'enjeu est d'améliorer certains de ses comportements pour être en meilleure santé sur le long terme. Pour d'autres enfin, le but est une meilleure connaissance de soi et une plus grande maîtrise de son corps.

S'autonomiser

Cela permet ainsi à un individu de savoir où il en est du point de vue de sa tension ou de son cholestérol ou de bien organiser son alimentation jusqu'à connaître le nombre de calories dépensées pendant sa pratique de la course à pied. Autant d'usages qui montrent en tout cas une autonomisation des personnes concernant leur santé, et une volonté de se replacer au centre du système. Une volonté qui ne doit pas être considérée comme une menace par les professionnels du secteur, mais comme une nouvelle couche au service de la santé et de la prévention de maladies. Reste que pour que ces services fonctionnent, ils ne doivent pas se cantonner aux mesures qu'ils fournissent.

Des frontières en mouvement

D'où la nécessité d'avoir certes des technologies bien conçues, pour la combinaison, l'interprétation. Mais également des professionnels à même de conduire le changement. Leur diffusion dépendra aussi du modèle choisi : faut-il que ces outils, hormis le cercle des convaincus, soient diffusés par les professionnels de santé comme solutions facilitant le suivi d'une pathologie ou en forme de prévention ? Doivent-ils au contraire se présenter comme des appareils du quotidien et de consommation dont l'usage ne nécessite aucune connaissance ni effort ? Doivent-ils être enfin proposés par des acteurs tiers, comme les entreprises, pour lesquelles la santé de leurs salariés sont un enjeu non négligeable ? Quelques éléments de réponse en attendant le Théma organisé par L'Atelier, mardi 19 juin.

*Ce constat est cité par Emmanuel Gadenne dans son ouvrage Le guide pratique du Quantified Self, paru chez fyp éditions.

"La mesure en elle-même est anecdotique, il faut lui donner un sens"

Par Mathilde Cristiani 14 juin 2012 Laisser un commentaire
discussion santé

Pour que l'automesure permette de véritablement en apprendre sur soi, il faut qu'elle devienne un écosystème dans lequel le fait d'enregistrer des mesures n'est qu'un maillon de la chaîne.

Entretien avec Candide Kemmler, PDG de Fluxtream.

L'Atelier : En apprend-on tant que ça sur soi en collectant des mesures physiologiques ou comportementales ?

Candide Kemmler : En fait, ce qui se passe actuellement est un indice vers une tendance lourde, mais qui va mettre du temps à se développer. Nous allons avoir de plus en plus d'informations sur nous, et nous devrions peu à peu voir se mettre en place des pratiques autour de ces données, des usages, des tendances. Mais pour parvenir à cela, il faudra le faire en combinant plusieurs sortes de données.

La simple mesure ne suffit pas pour comprendre ce qui se passe, il faut beaucoup de données, et la capacité de les visualiser, les combiner, les agréger. Il existe beaucoup d'appareils qui donnent des visions parcellaires. Pour que les outils fonctionnent, il faut combiner les informations et les agréger de manière complexe. Grâce à cela, beaucoup de gens ont trouvé des moyens pour comprendre comment ils fonctionnent, pour vivre plus en accord avec eux mêmes.

Les données que l'on recueille sur soi ne sont donc pas en elles-mêmes signifiantes ?

La mesure en elle-même est en effet anecdotique, et n'a pas beaucoup de sens. Il y a forcément un aspect gadget séduisant aux solutions de quantified self telles qu'elles sont proposées. Mais pour trouver un sens, il faut être guidé, en vrai ou via un suivi.

L'initiative de l'université de Carnegie Mellon, Body Track, avec laquelle nous travaillons, vise à mettre au point un outil qui "enquêtera" sur soi. Le système agrège et recombine plusieurs sources de données pour générer des synthèses et mettre à jour des corrélations auxquelles on aurait pas pensé. Pour mener à bien ce travail, il y a toute une phase qui dépasse les technologies. Le laboratoire organise ainsi des sessions de travail avec les participants pour leur apprendre à enquêter sur leur propre vie et à cerner ce dont ils ont réellement en quête.  Il aide donc les individus, leur apprend à se servir des outils, également.

Il faut donc mettre de l'humain dans ces mesures...

Tout à fait, d'autant que le Quantified Self touche à des choses intimes. Je suis organisateur des meet up liés à l'automesure à Bruxelles. Au début, cela rassemblait beaucoup de curieux, de geeks. Le problème était que nous n'allions nulle part. Depuis quelques rencontres, il y a moins de personnes, celles-ci commencent à parler d'elles-mêmes, à se livrer. Nous dépassons les outils, et commençons à toucher certaines choses.

Ce qui est intéressant dans la mesure, c'est la suspension du jugement. Il s'agit de prendre des données objectives et de s'interroger sur leur sens. Cela permet de se repositionner sur soi par rapport à ses propres hypothèses.

 

 

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