Les dossiers de l'Atelier

Reportages aux Etats-Unis : les Cyber Games à San Francisco, le débat Wimax/UMTS et les blogues dans la campagne présidentielle

Avec les enquêtes de notre envoyé spécial Dominique Piotet, ce dossier vous propose un éclairage des dernières grandes tendances technologiques aux Etats-Unis.

D'abord, la synthèse d'un débat passionnant entre partisans du Wimax et défenseurs de l'UMTS. Presque inconnue il y a 18 mois, la norme de communication sans fil « Wimax » ( 802.16), cousine du célèbre Wifi (802.11), inquiète les ayatollahs de la 3G . Pourquoi ? Son débit crête peut atteindre 70 mégabits/seconde, et sa couverture maximale 50 km à la ronde. De quoi mettre en place de vastes zones de mobilité Internet haut débit… Complémentaire des offres urbaines DSL et câble, le Wimax pourrait s'avérer un dangereux concurrent de l'UMTS sur d'autres zones géographiques.
Côté usages, un article sur l'un des plus grands rassemblements mondiaux de joueurs vidéo, le World Cyber Game, qui s'est tenu à San Francisco ; une enquête sur l'influence des blogues dans la campagne présidentielle américaine qui s'achèvera le 2 novembre prochain ; un article sur la montée en puissance progressive des micro paiements en ligne.

WiMax contre UMTS : la guerre fait rage dans la Valley... Intel arbitre et Kineto tente la convergence.

Par 15 octobre 2004

Le haut débit sans fil : aujourd'hui ou demain ? Question jugée cruciale par l'ensemble des analystes de la Valley, et sur laquelle se penchent opérateurs de télécommunications, fournisseurs d'accès Internet,...

Le haut débit sans fil : aujourd'hui ou demain ? Question jugée cruciale par l'ensemble des analystes de la Valley, et sur laquelle se penchent opérateurs de télécommunications, fournisseurs d'accès Internet, constructeurs de micro processeurs (Intel en tête), fabricants de téléphones mobiles, fournisseurs de contenu et autres start-up fournissant les technologies embarquées de demain.
Les enjeux sont considérables, tant du point de vue industriel que du point de vue des standards, encore émergents aujourd'hui. Les stratégies « gagnantes » sont loin d'être dessinées, et les business models doivent être sérieusement affinés. Autant dire que les choix des différents acteurs vont se révéler fondamentaux, et c'est aujourd'hui dans la Silicon Valley que cela se décide. Ceci justifie d'ailleurs la présence active et attentive ici de tous les acteurs, y compris français (France Telecom et Bouygues sont installés à plein temps ici). Et l'accès à Internet mobile à haut débit est unanimement considéré comme le défi à relever pour les mois et les années à venir.
C'est un brillant panel réuni par la Chambre franco-américaine de commerce de San Francisco ( http://www.faccsf.com ) qui s'est réuni mercredi 13 octobre à Palo Alto pour débattre en anglais de cette question et proposer quelques réponses et quelques grandes tendances.
Le constat : un besoin croissant d'accès à Internet à haut débit sans fil, mal adressé par les technologies actuelles.
La question posée est assez simple : comment proposer une solution aux besoins croissants d'accès Internet à haut débit sans fil ? Randall Schwartz, responsable de la stratégie sans fil d'Intel, introduit simplement le débat par une anecdote : « Ma fille a un portable WiFi, et adore pouvoir se connecter partout à Internet à haut débit dans la maison. Elle travaille souvent à la bibliothèque de la faculté et dans les cafés et se connecte sans trop de problèmes. Mais elle souhaite maintenant pouvoir se connecter dans la rue, dans sa voiture pour relever ses mails entre deux rendez-vous ou consulter les services de plans de villes, télécharger sa musique… Bref, ne plus se poser la question de la disponibilité d'un accès à Internet à haut débit. Et d'ailleurs, elle trouve que son ordinateur portable est un peu gros pour cela…. ». Le besoin est bien là, et partiellement adressé par les solutions actuelles.
Le WiFi se généralise, et Intel annonce que plus de 75% des ordinateurs portables vendus aujourd'hui sont équipés d'une carte WiFi, appelée Centrino par la compagnie. Mais le WiFi ne propose qu'une solution très locale, domestique et peu performante dés que le nombre d'ordinateurs connectés s'élève (le débit est alors partagé). Le bluetooth est encore plus restreint, et se cantonne à des usages très spécifiques : oreillette de téléphone mobile, souris et claviers sans fil, synchronisation des PDA…
Et les accès à Internet via le réseau téléphonique GSM ou GPRS (notamment à partir des cartes insérées dans les ordinateurs portables), mais aussi avec les promesses non encore tenues de la 3G (UMTS) laissent les observateurs sans voix… Il va donc falloir des portables, ou des PDA, ou encore des téléphones avec ces 4 ou 5 technologies embarquées pour pouvoir surfer sur l'ensemble des solutions disponibles ?
Sans parler du WiMax qui arrive… Et des accords de roaming nécessaires pour assurer une continuité dans la connexion en mobilité, tout en changeant de technologie (du WiFi, au GSM, à l'UMTS, au WiMax… Pour Randall Schwatrz, voilà le cauchemar d'Intel… Cette conférence a cependant permis de dessiner quelques grandes tendances.
A ma gauche, les tenants du WiMax , représentés par l'une des entreprises leaders dans le domaine : Aperto networks ( http://www.apertonetworks.com ). Installée à Milipitas (prés de San Jose), Aperto fait partie des fondateurs du WiMax forum, en charge de la définition des standards technologiques (norme 802.16, pour les connaisseurs…). La société produit antennes, routeurs et autres éléments indispensables pour mettre en place une solution WiMax. Ici, on défend l'idée d'une technologie simple, peu coûteuse, qui permet un accès à très haut débit sans fil, sur une large couverture territoriale (de 20 à 60 kilomètre), et sans partage de débit entre les utilisateurs. L'Atelier s'est déjà fait l'écho à plusieurs reprises des expérimentations et du déploiement de cette technologie en France, par Altitude Telecom notamment.
Bref, du WiFi, mais en beaucoup mieux. L'intérêt est évident pour les zones rurales, mal (ou pas…) desservies en ADSL, et pour les pays en développement, aux infrastructures telecoms défaillantes. Frédéric Leroudier, senior director of systems engineering, a montré une technologie aujourd'hui maîtrisée, offrant de réelles capacités. De là à envisager son déploiement à plus large échelle, en assurant une continuité territoriale…. il n'y a qu'un pas qu'aimerait sans doute bien franchir Aperto.
Pourtant, à ma droite, les tenants de l'UMTS n'ont pas dit leur dernier mot. Représentés par Thierry Maupile, vice président de la société IP Wireless ( http://www.ipwireless.com ) installée à San Bruno, ils avancent des arguments de poids face aux tenants du WiMax. Reposant sur la technologie UMTS TDD*, les produits de la société (notamment des cartes à insérer dans les appareils compatibles de demain, du téléphone mobile au PDA, en passant par les ordinateurs portables) sont simples à implémenter. Ils permettent de très bons débits : la compagnie annonçant que les utilisateurs doivent pouvoir compter utiliser pour 1 gigabit de données par mois, en upload et en download. Le tout pour un coût facturé de l'ordre de 20 à 30 dollars par mois.
La société fait une équation assez simple : aujourd'hui, un utilisateur dépense en moyenne 160 dollars pour l'ensemble de ses abonnements « voix et données » (Internet fixe à haut débit + abonnement téléphonie mobile + abonnement téléphonie fixe). Avec l'UMTS « everywhere », la facture tombe à 100 dollars, avec un seul abonnement pour tout. De quoi séduire, en effet.
Et les opérateurs ont déjà réalisé d'importants investissements pour déployer l'UMTS. Ils ont un portefeuille d'abonnés (il y a aujourd'hui dans le monde plus de 1,4 milliard de téléphones mobiles, contre à peine 100 millions d'abonnements Internet haut débit…), ils savent gérer le roaming et proposent d'emblée une couverture étendue. Prometteur, alors que le WiMax doit encore se déployer pour atteindre un niveau de couverture intéressant.
Si, comme le prévoit Intel, le déploiement des technologies haut débit sans fil débute sérieusement d'ici 12 à 24 mois, alors il y a fort à parier que l'UMTS retrouve toute ses chances. C'est un curieux paradoxe pour une technologie qui a pris tellement de retard au démarrage….
Au centre : la société Kineto, également située à Milipitas, propose une solution permettant une relative convergence de l'existant. Les temps de déploiement des solutions WiMax et UMTS laissent une marge de manœuvre à une autre approche, qui consiste à proposer une technologie « ombrelle », permettant d'utiliser un seul et même téléphone (avec un même numéro…) se connectant selon l'endroit où on se trouve à de la voix sur IP via WiFi (à l'intérieur de la maison par exemple), ou au réseau GSM traditionnel (ou GPRS quand il est disponible) lorsque le WiFi n'est pas disponible.
Le tout en assurant une parfaite continuité dans la transition d'une technologie à l'autre. Séduisante (et de nombreux grands constructeurs s'intéressent à la norme UMA qui sous-tend cette technologie*), cette solution permet d'ores et déjà de proposer une réponse simple aux opérateurs. Mais quid des PDA, ordinateurs portables et autres ? Et des zones de non couverture ?
Au total, c'est Intel qui s'avère relativement décontenancé par la nature des choix à faire face à l'émergence de ces standards et de ces technologies, dont les usages sont de l'avis de tous encore très incertains. Sur ce point, c'est vers la Corée, très en avance dans les usages du haut débit, que tous les regards se tournent.
Faut il imaginer que nos appareils communicants de demain devront embarquer toutes ces technologies pour se connecter en permanence, ou l'une d'elle finira-t-elle par s'imposer ? En tout état de cause, le WiMax s'avère être une excellente solution pour les zones de faible ou de non couverture, ce qui lui garantit au pire une situation de niche déjà assez enviable (zones rurales, pays en développement). Mais les temps de déploiement jouent en sa défaveur pour s'imposer face à la technologie UMTS qui est en cours d'implémentation par de très nombreux opérateurs.
La bataille est loin d'être terminée. Et le président de la séance, Rajeev Chand, Senior Equity Research Analyst au sein de la société Rutberg & Company, conclut avec justesse que les mois à venir s'annoncent passionnants et déterminants pour le secteur de l'Internet haut débit sans fil. Il va certainement y avoir du sport. Et dans la Silicon Valley, c'est une des activités que l'on préfère.
* Time division duplex…Voir la très bonne rubrique « technologie » du site Ip Wireless pour en savoir plus
** http://www.kinetowireless.com pour en savoir plus

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