Les dossiers de l'Atelier

Les services ajoutés pourraient faire le succès du paiement mobile

Pour faire entrer le fait de payer avec son téléphone dans son quotidien, il ne suffit pas de transformer ce dernier en portefeuille, il faut y trouver un intérêt supplémentaire. Retour sur différentes initiatives en ce sens.

paiement mobile

Avec Passbook, Apple souhaite réunir en une même application l'ensemble des cartes de fidélité que peut posséder une personne, ses coupons de réduction, ses billets de spectacle ou encore de transport, et permettre l'envoi d'informations actualisées. Il suffira ensuite de lier l'application au compte bancaire de la personne pour permettre le paiement. Ce qui permettra ainsi aux enseignes participantes d'accepter le paiement des utilisateurs à partir de l'application qui fera office de porte-monnaie électronique. En plus des questions techniques (NFC, RFID...), la servicisation, le chaînon manquant à la popularisation massive du paiement par mobile ? Pour Gilles Blanc, Directeur d'Etudes chez CCM Benchmark Group, interrogé pour l'occasion par L'Atelier, rien n'est moin sûr.   La diversité des moyens de paiement déjà disponibles et la complexité de la mise en place d'un tel outil aussi bien par les enseignes que par les fournisseurs de services de télécommunication pourrait être un frein. Et cela est sans compter la méfiance des utilisateurs quant à la sécurité de leurs données financières. 

Des initiatives qui ne se limitent pas qu'aux pays émergents

En attendant de voir si le système provoque ou pas l'intérêt, il reste intéressant de revenir sur certaines des initiatives préexistantes, et qui toutes essaient de trouver le levier d'adoption idéal. On pense notamment à Facecash, qui utilise la reconnaissance faciale pour autoriser le paiement en quelques gestes en magasin, ou plus récemment Levelup, qui s'appuie sur des QR code personnalisés. Et cela peut effectivement aller de paire avec la dématérialisation des cartes comme on peut le constater avec des start-up comme Punchh, qui utilise, tout comme Passbook, la géolocalisation pour aider à la fidélisation. Reste que pour le moment le m-paiement garde surtout ses quartiers dans les pays émergents où il permet de pallier notamment l'absence d'infrastructures. Panorama, donc, des différentes pistes qui pourraient faire - ou ont tenté de faire - le succès du paiement mobile.

Le succès du m-paiement, lié aux services connexes ?

Par 22 juin 2012
mobile payment

Avec Passbook, Apple propose d'embarquer dans une seule application cartes de fidélité, billets de spectacles ou de transport. Un moyen de proposer ensuite le paiement via l'application. Un procédé qui fera ses preuves ?

Entretien avec Gilles Blanc, Directeur d'Etudes chez CCM Benchmark Group, qui a publié récemment une étude sur le paiement mobile en France.



L'Atelier : Lorsque l'on voit Passbook, peut-on dire qu'allier différents services est ce qu'il manque au m-paiement pour fonctionner ?


Gilles Blanc : Payer par mobile n'est pas encore un réflexe pour les consommateurs. Il faut les convaincre, notamment par des services spécifiques qui peuvent faire la différence. Une différence économique, d'abord, que peut apporter le mobile, par exemple avec les prix. Mais également une logique de programmes de fidélité qui dépassent les programmes des points à collecter pour avoir un cadeau. Ce qui compte, par exemple, ce sont les programmes cross-canal qui fonctionnent pour l'achat à distance, sur mobile ou en magasin. Mais également entre les enseignes, ce que l'on observe avec les smiles.

Et puis, il y a la question de la sécurité ?

Tout à fait, car celle-ci, pour le paiement mobile, doit être supérieure ou au moins égale à celle de la carte bancaire. Par ailleurs, concernant Passbook, il est vrai que le consommateur n'aime pas avoir plein de cartes. Aussi, si l'application permet de reconnaître automatiquement la carte et apporte de vrais avantages comme des bons, c'est très bien. Et puis, cela peut sembler secondaire, mais un deuxième code confidentiel, comme le fait Paypal avec un mot de passe personnel, est considéré comme une garantie de sécurité supplémentaire. Ceci dit, il reste le problème de la légitimité.



A savoir qu'Apple pourrait n'être pas forcément le bon acteur ?


Effectivement. La première problématique du m-paiement est liée aux acteurs, car l'écosystème est large. Dans notre étude, nous avons interrogé les consommateurs sur la légitimité de ces différents acteurs. Et l'on remarque que la confiance est d'abord donnée aux banques traditionnelles qui sont considérées comme légitimes. Viennent ensuite les émetteurs de carte, ou encore les opérateurs de télécommunication, et seulement les pure players, comme iTunes. Mais la confiance donnée à ces derniers pour gérer un portefeuille est très faible. Pour donner un exemple, 72% des consommateurs ne font pas confiance ou accordent une faible confiance à ces pure players. Alors que seulement 15% des consommateurs se positionnent de la même façon pour les banques ou les émetteurs de carte.

Qu'est-ce que cela signifie pour Apple ?

Cela signifie que, malgré l'attrait que pourrait apporter l'application, la partie paiement mobile pose le problème de la légitimité. Car évidemment un acteur comme Apple est bien positionné, mais il n'a pas la meilleure position. Et cela est également le cas des enseignes qui se méfient à l'idée d'être « absorbées » par une telle marque. Sa plate-forme risque donc de n'attirer que les clients fidèles et utilisateurs de smartphones habitués du m-paiement. Pour changer cela, il serait peut être nécessaire de s'associer avec des institutions financières pour gagner cette légitimité.

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas