Les dossiers de l'Atelier

Le social business décolle, porté par la détermination des parties prenantes

Si les entreprises semblent perdues face à la volonté de ses partenaires qu'elles accèdent à un niveau poussé de responsabilité sociale, celles-ci font tout de même les efforts nécessaires pour s'y adapter.

social business

A l’occasion du Forum Convergences qui s’est tenu à Paris les 17, 18 et 19 septembre, L’Atelier a  eu l’occasion de se plonger plus avant dans ce nouveau modèle qui rapproche deux visions qui ont semblé jusque là antinomiques, développement et profitabilité. Une association qui, par ailleurs, reste encore assez obscure pour les entreprises qui ne sont que 22% à s’estimer prêtes à intégrer une telle démarche. Toutefois, cette nouvelle vision répond à une volonté de plus en plus forte de la part des parties prenantes de l’entreprise de voir celles-ci s’impliquer plus dans la société. Car si la transition est encore en cours et s’avère difficile, la pression exercée par une nouvelle génération de clients et partenaires augure un bel avenir aux entreprises sociales.

Une approche qui séduit de plus en plus

Ainsi, une récente étude d’Ipsos dévoilait que 25% des consommateurs estiment qu’une entreprise doit avant tout participer au développement économique de son pays et de ceux de ses partenaires. De même, l’année dernière Samia Ghozlane, vice-président de l’association CyberElles, dévoilait l’importance que le social business avait suscité de la part de ses collaborateurs. D’ailleurs, les entreprises ont bien compris l’intérêt que pouvaient avoir ces initiatives sur le travail de leurs employés. Ainsi, on voit de plus en plus émerger des initiatives en ce sens, comme c’est le cas de Giving Corner, qui pour sa part, propose de transformer les bonus de ses salariés en donations humanitaires, nous rappelant que les cadres attendent autre choses que des hauts salaires. Et cette énergie est également palpable du côté des partenaires, comme nous le rappellait récemment Ericka Cogne, Corporate Citizenship Manager chez Accenture : “Ce genre de partenariat fonctionne [entre une entreprise et un entrepreneur social] quand celui-ci crée la convergence [...] et que ce n'est pas un effet de marque, de court terme”.

Social Business

Un exceptionnel accélérateur d’innovation

En tout cas, comme le rappelle Sharon Againe, Directrice de l’Agasha Group Limited, “c’est ce processus créatif qui est très fortement dynamisé par l’approche sociale, plutôt que de vouloir embaucher tout le monde, il vaut mieux développer des processus collaboratifs avec des startups ou directement avec le client.” Le mot d’ordre est donné, maximiser l’efficience sociale en partant d’une véritable connaissance des attentes de la base cible. Et les résultats sont probants, que ce soit le CareMother en Inde pour les femmes enceintes, l’application mWater pour la qualité de l’eau ou le WaterBee européen pour réduire le gaspillage, de nombreuses innovations se sont développées, efficaces et à moindre coût. Si les entreprises sont encore frileuses, une étude d’IBM a ainsi montré que 46% d’entre elles en avaient bien compris les avantages et entendaient rediriger une part de leurs investissement vers les technologies sociales.

[Convergences] “L'open innovation sociétale fait passer la R&D en Connecter et Développer”

Par 18 septembre 2013
open innovation

L’open innovation s’adresse-t-elle à des problèmes plus large que le développement de simples produits et services ? C’est en tout cas ce que pense les groupes Suez et Poult avec le concept d’open innovation sociétale.

Interview croisée de Jean-François Caillard, Directeur innovation de Suez Environnement, et Jérôme Introvigne, Manager de l'Innovation du Groupe Poult, à l'occasion de la conférence qu'ils donnaient sur le sujet de l'Open Innovation Sociétale lors du Forum mondial Convergences 2015.

L'Atelier : Pourquoi votre entreprise s'est-elle tournée vers ce que vous appelez l’open innovation sociétale?

JF Caillard : En ce qui nous concerne, sur le marché de l'eau, nous faisions déjà de l'open innovation sociétale (OIS) avant qu'elle soit baptisée ainsi : notre processus de fonctionnement basé sur la co-conception avec nos clients nous a permis  d’inventer de nouvelles relations contractuelles, comme par exemple à Alger où elle est basée sur le transfert de savoir-faire. Nous cherchons maintenant à aller plus loin en construisant notre travail avec la collectivité afin d'en assurer l'efficacité au fil des ans. L'OIS est pour nous l'ouverture vers des collaborations externes, que ce soit l'échange technologique avec les startups ou l'échange d'idées avec nos clients et usagers. En plus d'investir dans les startups nous pouvons travailler avec elles en lançant des tests technologiques en collaboration. C'est par ailleurs cette dynamique d'émulation qui nous permet de rester très réactif sur nos marchés.

J. Introvigne : Pour notre part, nous sommes partis du constat que l'entreprise du futur sera ouverte et qu’il est déjà nécessaire d'être constamment très innovant, notamment en ce qui concerne l'innovation rupture. La majorité des talents dont nous avons besoin pour construire l'avenir se trouve donc à l'extérieur de l'entreprise. Il nous est nettement plus simple de collaborer avec des acteurs extérieurs que de penser pouvoir recruter tout le monde. D’une certaine manière, nous ne faisons plus de la “Recherche et Développement” à proprement parler, mais plutôt du “Connecter et Développer”. Nous essayons de connecter l'écosystème le plus large et divers pour atteindre la plus grande capacité d'innovation.

L'Atelier : La multiplicité des acteurs permet-elle vraiment de favoriser l'innovation au sens large ou se concentre-t-elle sur de nouveaux types d'innovation, comme ce qu'on appelle l'innovation frugale en opposition aux innovations lourdes ?

JF Caillard : Pour nous, l'OIS est une approche plutôt ancrée dans les besoins des clients, que ce soit des besoins d'adaptation, de développement ou de transparence par exemple. Nous basons notre démarche sur une concertation importante entre notre entreprise et nos clients et surtout nous développons de nouveaux partenariats qui nous permettent d’ impliquer plus fortement les collectivités dans la gouvernance. Nous adoptons notre relation contractuelle en fonction des attendus de la société, que ce soit au moyen d'innovation légère ou plus lourdes. Nous avons des partenariats avec des startups certes, mais nous avons aussi mis en place des programmes collaboratifs de long terme avec des laboratoires tiers sur des problématiques nettement plus lourdes comme le dessalement ou le recyclage du plastique.

J. Introvigne : Que ce soit lourd ou frugal, la méthode de l'OIS ne change pas, seulement la façon de la mettre en place. L'OIS n'est pas tant une technique qu'un ensemble de valeurs : permettre la collaboration du privé et du public, se rapprocher d'étudiants sans tabou car n'ayant pas encore intégré les problématiques entrepreunariales, surtout plus simplement permettre des collaborations entre entreprises de tailles et visions différentes. Avec les startups comme avec les laboratoires, le but est de ne pas racheter mais de travailler en partenariat. Et pour les startups c'est particulièrement efficace, nous activons notre écosystème pour elles et en retour elles nous enrichissent avec la souplesse de leur système.

L'Atelier : Vous représentez tous deux des entreprises de taille importante, est ce que ce système d'OIS peut être viable sans justement le support d'un grand groupe ayant les capacités administratives et l'expérience pour centraliser et encadrer les projets?

JF Caillard : Je pense clairement que les grands groupes ne sont pas le terreau unique del’OIS, et nous avons vu de nombreux exemples d'entreprises sociales de taille réduite qui réussissent. Nous avons certainement été dans les premiers sur le sujet mais ce n'est pas l'apanage des grands groupes, toutes les méthodes que nous avons évoquées sont utilisables quelle que soit la taille de votre entreprise.

J Introvigne : C'est évidemment possible car les outils sont disponibles et très peu coûteux : mettre en place un réseau d'entreprise pour les faire collaborer peut ne pas coûter beaucoup plus cher qu'un drive en ligne et une messagerie. Effectivement si l'entreprise est trop petite, les pouvoirs publics ne suivront peut-être pas, mais l'OIS ne nécessite pas d'autre compétence que celle de la gestion de projet!

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