Les dossiers de l'Atelier

Voyage d'étude en Corée du Sud: nouvelles technologies mobiles, réseaux sociaux, robots domestiques...

Comment évolueront les médias audiovisuels à l'heure de l'Internet ?

Le devenir d'Internet en Asie

La télévision en 2025 ? C'est l'un des nombreux sujets sur lesquels travaille le centre de recherche de NHK, la chaîne de télévision publique japonaise dont les équipes et le budget de R&D dépassent largement ceux de la prestigieuse BBC anglaise. Pour l'instant, le prototype que l'on nous montre est une vidéo de 10 mètres sur 5 affichant une image 16 fois plus précise que la toute nouvelle HD (haute définition) des écrans plasma et LCD en magasin. NHK appelle cette technologie la Super High Vision. A cela s'ajoutent 22 canaux audio avec des tubes pour les basses tellement disproportionnés qu'ils ressemblent davantage à des tuyaux de canalisation... Vingt minutes de projection et l'effet immersif est tellement bluffant que certains en ont même les larmes aux yeux. Dire qu'il faudra attendre 2025 pour avoir cela dans nos salons !

Comment vont évoluer les médias audiovisuels à l'heure de l'Internet ? Et quel rôle jouera le mobile qui déjà est dans toutes les mains dès le plus jeune âge ? Quel modèle de société se dessine à travers les nombreuses innovations technologiques qui nous viennent d'Asie ? Notre champ de liberté et notre libre arbitre vont-ils se réduire ?

C'est pour répondre à ces nombreuses interrogations que L'Atelier s'est rendu en Asie au mois de février 2007 rencontrer des experts, des industriels et des chercheurs dans deux pays qui font figures d'exemple en matière d'usage innovant des technologies : le Japon et la Corée du Sud.

Cette semaine, nous vous proposons un premier dossier spécial consacré à la Corée du Sud, le "pays du haut débit"

Vous y découvrirez CyWorld, l'une des plus grandes communautés virtuelles du Net qui avec ses 20 millions d'adeptes fait pâlir les 4 millions d'habitants de Second Life. CyWorld, dont la célébrité rapide l'a conduit à ne plus accepter les visites de courtoisie, nous a exceptionnellement ouvert ses portes.

Vous verrez aussi que pour les Coréens le mobile sert de moins en moins à téléphoner et de plus en plus à regarder la télévision : près de 4 millions d'entre eux ont déjà adopté cette nouvelle façon d'utiliser un mobile. Il faut dire que le service est gratuit ! Et plus d'1 million est même abonné au service payant de diffusion satellite de TV sur mobile, de meilleure qualité, et qui propose un plus vaste choix de programmes.

La généralisation du haut débit en Corée est aujourd'hui une véritable "marque de fabrique" reconnue au niveau international. En revanche, ce que vous savez moins est que la Corée paye aujourd'hui le prix de la "monoculture technologique". En effet, l'ensemble du réseau sécurisé coréen est construit sur la base de technologies Microsoft... qui ne sont plus à jour. Conséquence : la Corée ne peut pas passer à Vista !

Pour finir sur une note d'avenir (mais qui pourra en inquiéter certains), vous verrez une vidéo réalisée dans le showroom de SK Télécom. Un petit garçon s'amuse avec un robot prototype. Ce robot éducatif, version compagnon de jeu pour enfants, semblait manifestement bien remplir son rôle de "petit frère" attentif ce jour-là. Etonnant de voir comment les enfants intègrent si facilement et sans complexe les nouveautés technologiques...

Bonne lecture et à bientôt pour un second volet qui sera consacré prochainement aux technologies dans la société japonaise !

Dossier rédigé par Patrice Nordey

Dossier coordonné par Patrice Nordey, Mathilde Cristiani, Anne Confolant et Mei Zhang

La télévision sur mobile : ça marche !

Par 23 mars 2007

Imaginez que votre télévision, en qualité numérique, vous suive partout dans vos déplacements. De longs trajets en transports en commun et vous sortez de votre poche votre télévision numérique pour passer le temps. Une petite pause au bureau et vous pouvez jeter un d'oeil sur la finale du match de football. Vous devez impérativement sortir de chez vous alors que vous étiez plongé(e) dans votre série préférée. Pas d'inquiétude, votre TV mobile est là et vous permettra de regarder tranquillement la fin de votre série pendant le trajet.

Ce qui pour nous, en France, relève de la techno-fiction représente aujourd'hui le quotidien tout à fait ordinaire des Coréens et des Coréennes. Depuis 2004 en effet, la Corée s'est donnée les moyens en lançant le satellite MB Sat puis en déployant sur 2 ans quelques 7 000 relais terrestres. Résultat : 95% du territoire est aujourd'hui couvert par la télévision mobile par satellite. Et 97,7% du territoire sera couvert dans un avenir proche. Le succès a été immédiat : un million d'abonnés en seulement vingt mois pour accéder à ce nouveau service qui, et cela doit être souligné, est payant ! Du coup la télévision mobile en diffusion terrestre, l'équivalent de notre TNT française mais "version mobile", a été lancée dès l'année suivante, en 2005. L'argument de choc a été de proposer tous les programmes en accès gratuit. Ainsi, malgré une qualité moindre, il s'est vendu quelque 2,65 millions de récepteurs la première année (essentiellement des téléphones mobiles), soit près de 10 000 par jour, alors que le service n'est pour l'instant réservé qu'aux seuls habitants de Séoul et de sa région. Tous modes de diffusion confondus (satellite et terrestre), les projections tablent sur 21 millions d'utilisateurs en 2012 en Corée. Le 27 février 2007, L'Atelier a pu se rendre au siège de TU Media Corp. à Séoul pour mieux comprendre comment un tel succès était possible. TU Media est un consortium détenu à 33% par SK Telecom (le premier opérateur mobile de Corée), à 10% par EchoStar spécialiste dans la diffusion satellite et à 5,6% par Samsung. L'écran Faire tenir un écran de télévision dans un téléphone mobile est, a priori, une idée qui laisse dubitatif. C'est d'ailleurs un sentiment partagé par bon nombre de nos concitoyens qui considèrent déjà passer trop de temps devant la télévision. Les avis changent cependant du tout au tout lorsque l'on teste ce service. L'image Ce qui est surprenant, c'est que l'image est d'excellente qualité et ne se brouille pas, même en situation de grande mobilité. En diffusion satellite, l'image est théoriquement stable jusqu'à 300 km ! Le passage d'une chaîne à une autre est, quant à lui, assez fluide. Les terminaux Du côté des terminaux, la qualité des écrans s'est considérablement améliorée : les terminaux qui présentent de confortables diagonales n'en sont pas pour autant "mastoques" et l'angle de vision est généralement assez grand. Les utilisateurs Côté utilisateurs, les statistiques de TU Média sont fort intéressantes : 65% des clients sont des hommes, les 20-30 ans représentent 35% de l'audimat et 82% habitent en zone urbaine, bien que la couverture du service soit nationale. Les contenus Les contenus les plus prisés sont les vidéos (65% de l'audience). Les 35% restant étant des contenus audio (chaînes de radio numérique). Les programmes les plus populaires sont de très loin les séries et le sport. Au total, 15 chaînes vidéo et 19 chaînes audio sont disponibles. Et en moyenne, les abonnés passent plus d'une heure par jour devant ce "petit" écran. Il faut donc se rendre à l'évidence, regarder la télévision sur mobile, ça marche ! Le modèle économique Reste à savoir si cela rapporte ? L'investissement est en effet considérable : 500 millions d'euros ont été injectés par les actionnaires pour mettre en place le système de diffusion (satellite et relais terrestres) auxquels s'ajouteront bientôt 73 millions d'euros pour développer davantage encore le service. Les revenus sont pour 99% générés par les abonnés. Il faut compter environ 20 dollars pour ouvrir un compte et 11 dollars/mois d'abonnement. Des programmes au Pay Per View sont également disponibles pour environ 2 dollars. TU Média perçoit directement environ 50% de ces recettes. Les fournisseurs de contenus et les télécoms touchent 25% chacun. La publicité, la distribution de contenus et la fourniture de technologies ne génèrent que 1% des revenus pour le moment. TU Media souhaite faire monter ce type de services entre 5 et 10% de ses revenus dans les années à venir. Selon ce modèle économique, TU Media estime son seuil de rentabilité à 4,5 millions d'abonnés. Aujourd'hui, plus d'1 million de Coréens a pris le pli. A l'avenir, les Coréens pourront recevoir sur le même téléphone mobile la télévision en réception satellite (S-DMB) ainsi qu'en réception terrestre (T-DMB). De quoi multiplier les choix de programmes. Pour l'instant, le coût de production d'appareils bi-modes est à un prix trop élevé pour envisager leur commercialisation. Malgré un système de diffusion satellite qui par définition n'autorise le transfert de données qu'en voies descendantes, l'interactivité devrait également se développer. En effet, TU Media utilise déjà le réseau de téléphonie mobile pour faire passer les données en voie montante et assurer ainsi de l'interactivité avec ses utilisateurs. Patrice Nordey Responsable Asie L'Atelier BNP Paribas Au sommaire : - La télévision sur mobile : ça marche ! - Corée : Plongée dans l'univers de CyWorld - La Corée paye le coût de la monoculture - Nos amis les robots >> Retour au dossier  

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